
Le Livre noir
est sans doute l'ouvrage pour lequel le proverbe latin : Habent
sua fata libelli, les livres ont un destin, convient le mieux.
"L'histoire du
Livre noir ressemble à celle de notre pays. elle recèle de la même
manière nombre de faits inexpliqués ou, comme il est convenu de dire
aujourd'hui, de "taches sombres". J'ai interrogé les gens qui avaient
contribué à cette histoire, j'ai lu quantité de publications portant sur
le sujet, puisque aussi bien il commence à en paraître chez nous, j'ai
étudié les archives, et j'ai réussi à reconstituer en partie ce que fut
l'épopée confuse et mouvementée du Livre noir.
Pendant la
guerre, les soldats qui se battaient sur le front envoyaient à Ilya
Ehrenbourg des quantités énormes de documents trouvés dans les
territoires libérés de l'occupant, et lui rapportaient dans leurs
lettres ce qu'ils avaient vu et entendu raconter. Ehrenbourg décida de
rassembler les journaux intimes qu'ils avait reçus, les dernières
lettres de condamnés, ainsi que les dépositions de témoins concernant
l'extermination des Juifs par les nazis, et d'en composer un "livre
noir" qu'il publierait. Il s'attaqua à cette tâche avec l'aide de
l'écrivain Vassili Grossman : il fallait sélectionner les documents les
plus éloquents, les raccourcir, éclaircir les points obscurs. Grossman
et Ehrenbourg incitèrent un certain nombre d'écrivains et de
journalistes à collaborer à l'ouvrage. Ainsi naquit la commission
littéraire du Comité antifasciste juif.
Dès 1943, Ilya
Ehrenbourg écrivait à l'un de ses lecteurs : "Je travaille sur le
Livre noir."
Au début de
1944, sous le titre "Les auteurs d'un génocide", plusieurs fragments du
futur ouvrage parurent dans la revue Znamia. Le recueil fut
complété, et commença alors un véritable combat pour les faire éditer.
La même année, Ehrenbourg prenait la parole au cours d'une réunion de la
commission littéraire. Si l'on en croit le sténogramme, il aurait alors
déclaré :" On m'a dit : " Faites un livre, s'il est bon, on le
publiera." Je ne comprends toujours pas ce que veut dire ce "s'il est
bon" : il ne s'agit pas d'un roman dont on ne connaîtrait pas le
contenu..."
En 1945, la
commission littéraire met fin à ses activités : la publication du
Livre noir est directement confiée au Comité antifasciste juif
présidé à l'époque par S. Lozovski.
Ehrenbourg
adresse une lettre à tous les membres de l'ancienne commission
littéraire. Exprimant sa reconnaissance pour leur contribution, il
ajoute : " Je suis profondément convaincu que le travail que vous avez
accompli ne sera pas perdu pour l'Histoire."
Le 5 avril
1945, Lozovski écrit à Ehrenbourg qu'il conviendrait de publier deux
livres : le premier ne contiendrait que des documents, le second serait
rédigé par Grossman et Ehrenbourg.
Le 26 février
1946, la nouvelle commission littéraire du Comité juif livre la
conclusion suivante : "Les deux variantes du Livre noir
transmises à la commission pour examen ne présentent pas un texte
répondant à une version définitive. La commission juge que, dans les
exemples produits, une part excessive est consacrée au récit des actes
ignobles commis par les traîtres à la patrie."
Néanmoins, la
même année, paraît en Roumanie la première partie du Livre noir,
tandis qu'à Moscou, Stronguine, rédacteur en chef de la maison d'édition
de littérature juive, Der Emes ("La Vérité"), informe Grossman
qu'il lui expédie l'original de l'ouvrage pour composition effective. Un
rapport financier de I.Fefer, membre de la présidence du Comité
antifasciste juif d'URSS, confirme que le Livre noir en version
russe doit paraître aux éditions Der Emes et "se trouve
actuellement en cours de fabrication".
En 1947,
Ehrenbourg confie au Musée juif de Vilnius deux albums de quatre cent
treize pages rassemblant la substance du Livre noir, pour
conservation temporaire et éventuelle utilisation.
"Le 20 novembre
1948, quand le Comité antifasciste juif fut dissous, les châssis de
composition du Livre noir furent détruits, on confisqua les
premières épreuves et le manuscrit", écrit Ehrenbourg dans son livre
Les Hommes, les Années, la Vie. A la même date, le Musée juif de
Vilnius rendit à Ehrenbourg les dossiers qu'il lui avait confiés.
En 1960, le
musée d'Histoire de Vilnius demanda que lui fût prêtée pour un temps la
documentation rassemblée par Ehrenbourg sur l'extermination de la
population juive par les fascistes. Un an après, Ehrenbourg exigea
qu'elle lui fût restituée. "J'en ai besoin pour mon travail", écrivit-il
au musée. Les dossiers lui furent retournés.
En 1965,
Ehrenbourg indique dans ses lettres :" Des discussions sont en cours
avec l' APN (1), pour publier le Livre noir. " Mais rien
ne sortit de ces démarches.
Le manuscrit
atterrit à Jérusalem, et ce n'est qu'en 1980 que la maison d'édition
israélienne Tarbut publia Le Livre noir en russe.
Cependant, ainsi qu'il est dit dans la préface de l'ouvrage, plusieurs
textes y manquaient, faute d'être parvenus en Israël.
En 1970, je
découvrir, en triant les archives de mon père, les dossiers se
rapportant au Livre noir. Sachant que le KGB s'y intéressait, je
les confiai à la garde de différents personnes, et au début des années
quatre-vingt, les fis parvenir à Jérusalem, au Yad Vashem -Institut de
la mémoire des victimes du nazisme et des héros de la Résistance-,
convaincue qu'ils y seraient en sûreté.
En janvier
1992, un ami m'a remis un jeu d'épreuves que Grossman lui avait offert
autrefois. Il s'agissait de la version du Livre noir détruite en
1947 avant même d'être imprimée. Une main inconnue y avait inscrit
:"Epreuves corrigées, bon à tirer 14.6.47"; suivait une signature
illisible. C'est d'après ce jeu d'épreuves épargné par miracle que la
présente édition a été établie.
Dans ses
Mémoires, Ehrenbourg écrivait : "J'ai consacré beaucoup de mes
forces, de mon temps, de mon coeur, à travailler sur Le Livre
noir... Je rêvais de le voir publié."
Plus de
quarante-cinq ans ont passé (2), le rêve est devenu réalité.
Irina Ehrenbourg.
1. Agence de
presse Novosti, également maison d'édition. (N.d.T)
2. Préface écrite
pour la première édition en langue russe de 1993.
LETTRE
D'ALBERT EINSTEIN A PROPOS DU LIVRE NOIR*
Ce livre
rassemble des documents d'origine sur l'extermination systématique par
laquelle le gouvernement allemand a assassiné une grande partie du
peuple juif.
Ce sont les
organisations juives, dont la collaboration a permis la réalisation de
l'ouvrage rendu ici public, qui se portent garantes de la véracité
des faits communiqués.
Il est vrai que
cet objectif ne peut être atteint que si on se débarrasse du principe
de non-ingérence, qui ces dernières décennies a joué un rôle si
funeste. Personne maintenant ne peut plus douter de la nécessité
d'accomplir ce pas lourd de conséquences. Car aujourd'hui il doit être
évident, même pour quelqu'un ne visant qu'à une protection contre les
agressions militaires, que les catastrophes provoquées par les guerres
n'ont pas pour seule origine des préparatifs militaires et
balistiques, mais qu'il faut y voir aussi la conséquence de la manière
dont chaque État avait évolué.
C'est seulement
lorsqu'on aura crée des conditions de vie non attentatoires à la
dignité de l'homme, égales pour tous, qu'on aura assuré leur
protection, et qu'elles seront reconnues et ressenties comme une
obligation commune à tous les États et à tous les hommes, qu'on sera
autorisé, dans une certaine mesure, à parler d'une humanité civilisée.
A ce sujet,
autre chose doit être encore souligné. Pour de nombreuses années,
l'existence matérielle des Juifs dans certaines parties de l'Europe
sera impossible.
Suite à des
décennies de dur labeur, et grâce au soutien financier spontané des
autres peuples, les Juifs ont fait de nouveau de la Palestine une
terre d'accueil. Tous ces sacrifices ont été consentis, car on avait
confiance en la promesse faite officiellement après la Première Guerre
mondiale par des gouvernements importants, qu'un asile sûr devait être
donné au peuple juif sur sa vieille terre de Palestine. Cette promesse
n'a été tenue que de manière partielle et hésitante, pour ne pas dire
plus. Maintenant que les Juifs -en particulier ceux de Palestine- se
sont distingués durant cette guerre, il est nécessaire de rappeler
avec insistance cette promesse. On doit exiger que la Palestine, dans
la mesure de ses capacités économiques, soit ouverte à l'immigration
juive. Si des organisations supranationales obtiennent cette
confiance, qui doit être au fondement même de leur existence, preuve
doit alors avant tout être faite que ceux dont les sacrifices ont été
les plus importants, et qui ont fait confiance à ces institutions ,
n'ont pas été trompés.
*Préface
prévue pour l'édition américaine et retirée sous la pression des
autorités soviétiques. (N.d.T.)
Source : Le
Livre noir. Textes et témoignages réunis par Ilya
Ehrenbourg et Vassili Grossman.
Mille cent
trente-six pages pour raconter le sort des centaines de milliers de
martyrs du génocide commis par l’occupant nazi en Union soviétique :
c’est le fameux Livre noir, dont le texte intégral vient, pour la
première fois, de paraître en français (1).
Commandé en 1942
par le Comité antifasciste juif d’URSS aux journalistes-écrivains Ilya
Ehrenbourg et Vassili Grossman, il rassemble les témoignages de
correspondants de guerre soviétiques sur les massacres antisémites
commis par les troupes allemandes et leurs collaborateurs. Mais
l’oeuvre ne paraît pas. Car le Comité juif antifasciste, créé pendant
la seconde guerre mondiale pour mobiliser les juifs du monde en faveur
de l’Union soviétique, est victime, dès 1946, de la répression
stalinienne contre le « cosmopolitisme », en premier lieu le
« nationalisme juif ». Ses dirigeants sont « jugés » en 1952, quand
ils n’ont pas, comme le grand acteur Solomon Mikhoels, été assassinés
avant. Saisi avant impression, Le Livre noir sera partiellement édité
en Israël dans les années 70. Sa parution -dans la traduction du texte
russe complet dont Ilya Ehrenbourg avait corrigé les épreuve- donne au
lecteur français la mesure du rôle décisif joué par l’extermination
des juifs soviétiques dans la mise en oeuvre de la «solution finale»
planifiée lors de la conférence de Wannsee, en janvier 1942. C’est
bien sur le «front de l’Est» que la SS a expérimenté l’anéantissement
des juifs d’Europe. On l’oublie trop souvent.
Quand
Hitler attaque l’Union soviétique en juin 1941, la guerre
européenne prend un tournant capital, et la guerre contre les
juifs entre dans sa phase finale. Les exécutants sont des unités
spéciales de la police et de la SS, les Einsatzgruppen, qui
avancent sur les talons de la Wehrmacht et procèdent à la mise à
mort de dizaines de milliers d’hommes juifs.
Dans les
régions annexées par l’Union soviétique en 1940, les pays baltes
et l’Ukraine occidentale en particulier, des groupes
anticommunistes locaux les secondent avec zèle, et les principales
villes deviennent la scène de pogroms dont la violence excède les
pouvoirs de l’imagination. Puis, au courant de l’été 1941, la
tuerie prend une tournure systématique. Le cercle des victimes est
élargi aux familles, aux femmes, aux enfants et aux vieillards
indistinctement, les uns et les autres fusillés au bord ou au fond
de fosses communes, après avoir été contraints d’abandonner leurs
affaires et de retirer leurs vêtements.
A la fin de
1941, probablement 500 000 juifs avaient été massacrés. Un nombre
approximativement deux fois aussi élevé le seraient au cours de
l’année suivante. Jamais encore la politique antisémite du IIIe
Reich ne s’était faite aussi violente. Ce déchaînement, inscrit
pour ainsi dire dans les gènes du nazisme, découlait logiquement
de la définition qu’il avait construite de l’adversaire
soviétique : non seulement puissance étatique, mais aussi et
surtout puissance idéologique où confluaient les images de deux
ennemis essentiels, le judaïsme et le bolchevisme, et
subsidiairement celle du « sous-homme » slave. Autant de concepts
fondateurs de l’identité nazie qui imprégnaient en même temps de
larges strates de la société allemande.
Le caractère
destructeur d’une guerre conçue dès le départ comme une « guerre
d’anéantissement » allait être puissamment renforcé par la
résistance inattendue de l’adversaire et par la perspective de
plus en plus probable d’une extension du conflit, qui intervint à
la fin de 1941 avec l’entrée en guerre des États-Unis. Or le
passage à la guerre totale non seulement exacerba la fureur
meurtrière des nazis, qui y virent une machination juive visant à
détruire l’Allemagne, mais elle fournit les conditions favorables
à leurs crimes. Alors que, pendant la campagne de Pologne, les
chefs de la Wehrmacht avaient mis le holà aux actions de la SS
contre les élites polonaises et contre les juifs, ils apportèrent
en Russie, dans le droit fil de leur anticommunisme et de leur
antisémitisme, une aide substantielle aux sbires de Himmler.
Dans
l’ambiance crépusculaire que répandait la prolongation d’une
guerre de plus en plus éprouvante, les élites et la population
allemandes allaient serrer les rangs, et fermer les yeux et les
oreilles. Mais le déchaînement de l’été 1941 importe aussi et
surtout parce qu’il se prolongea dans l’extermination de tous les
juifs de l’Europe nazie. La vague meurtrière lancée vers l’est
repartait bientôt vers l’ouest pour englober l’ensemble du
continent. Même si la chronologie, les modalités et les
motivations de cette décision restent objets de débat pour les
historiens, il est certain du moins que les préparatifs en vue
d’une extermination à l’échelle européenne ne furent entamés
qu’après l’attaque contre l’Union soviétique. Et, s’il est
loisible de débattre de leur rapport exact avec les vicissitudes
de la campagne à l’Est, il demeure que les massacres sur le sol
soviétique furent une étape décisive du génocide, dont ils
constituent une face à part entière, et trop souvent oubliée.
Étape
décisive, parce que c’est dans les plaines de l’Est que la SS fit
l’apprentissage de la tuerie de masse. Chose qui n’allait pas de
soi, même pour des troupes idéologiquement aguerries, et dont les
effets se firent sentir par la suite dans toute l’Europe nazie :
en 1943-1944, les actions répressives les plus sanglantes menées
par les Allemands en France seraient le fait d’hommes qui
appartinrent aux Einsatzgruppen en 1941-1942. C’est aussi en Union
soviétique, et dès l’été 1941, que Himmler, prenant la mesure de
l’énorme tâche à accomplir et des problèmes psychosomatiques
qu’elle engendrait chez ses exécutants, comprit qu’il fallait
chercher des moyens plus efficaces et moins éprouvants. Le
bricolage improvisé de camions spéciaux, dont les gaz
d’échappement étaient utilisés pour asphyxier les personnes
enfermées à l’intérieur, fut un pas important vers l’invention de
l’extermination industrielle. Le premier centre de mise à mort,
celui de Chelmno, créé à la fin de 1941, s’en inspira directement
puisqu’il allait fonctionner avec un moteur Diesel, avant que
l’emploi à Auschwitz d’un désinfectant puissant, le Zyklon B,
s’imposât comme la solution de loin la plus efficace.
Une barbarie
primitive TERRAIN d’apprentissage et champ d’expérimentation,
l’Union soviétique occupée fut même prévue initialement comme le
lieu d’assassinat des juifs d’Europe. Ce fut, de fait, la
destination mortelle des premiers convois de juifs déportés
d’Allemagne en automne 1941. En définitive, les camps
d’extermination furent installés plus à l’ouest, sur le territoire
de l’ancienne Pologne, donnant naissance à deux pratiques
divergentes. Tandis que les nazis transportaient les juifs du
reste de l’Europe vers les camps de Pologne, ils continuèrent, en
Union soviétique, à aller se saisir d’eux sur les lieux de
résidence et à les tuer par les méthodes habituelles. Affaire de
distances et de capacités de transport, sans doute, mais aussi
logique d’une politique de terreur conçue pour pacifier les
arrières dans le cadre d’une « guerre d’anéantissement » qui
ferait, en dehors des juifs, des millions de morts, parmi les
prisonniers de guerre comme parmi la population civile.
C’est donc
une autre face du génocide que montre la politique nazie en Union
soviétique. Ici, point de mort administrée comme dans les camps
d’extermination, au terme d’un transport plus ou moins long, mort
que les bourreaux déguisent du mieux possible en opération
d’hygiène et qu’ils infligent de manière quasi clinique, avant de
faire partir en fumée les cadavres de leurs victimes, d’effacer la
trace d’un passage d’homme sur cette terre. Mais une mort
violente, sanglante, infamante, qu’il n’est même pas possible de
qualifier de boucherie tant fait défaut la méthode du boucher :
personnes rouées de coups de crosse, accumulation de blessés et
d’agonisants dans des fosses bruissantes de râles et de
gémissements et qui seront fermées sur bien des respirations,
tueurs pris de boisson et ruisselant du sang de leurs victimes.
Ces
massacres à ciel ouvert commis dans le voisinage d’innombrables
localités, il n’était même pas question de les tenir secrets, ni
pour les populations locales ni pour les troupes allemandes. A la
différence de ce qui se passa pour les camps d’extermination, les
nouvelles, en dépit des barrages dressés par les autorités,
filtrèrent très rapidement, vers l’Allemagne d’abord. Les traces
des fosses communes qui jonchaient le territoire soviétique, et
qu’un renversement de la situation militaire pouvait rendre
compromettantes, devaient être supprimées. Himmler confia donc à
une équipe spéciale le soin de déterrer et de brûler les myriades
de cadavres qu’elles contenaient. Cette tâche immonde, des juifs
durent l’accomplir, avant d’être à leur tour assassinés et brûlés
sur des bûchers d’occasion arrosés d’essence.
Auschwitz
est devenu à bon droit le synonyme d’un génocide sans précédent et
sans équivalent par la combinaison qui le caractérise de fanatisme
idéologique, de rigueur administrative et de méthode industrielle.
Mais cela ne saurait faire oublier ce qui s’est passé dans les
plaines de l’Est, et n’a d’ailleurs, à ma connaissance, jamais
fait l’objet d’une tentative de négation. Ce qui s’y donne à voir
du nazisme, ce n’est pas sa modernité, notion aussi difficile à
éviter qu’à définir précisément, mais bien au contraire cette face
de barbarie primitive qui a trouvé dans Le Livre noir un
témoignage saisissant.
Article de
Philippe Burrin
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