L' EXTERMINATION DES JUIFS : LA SHOAH PAR BALLES

 

   

 

"Comme tout événement historique, le génocide évoque certaines images spécifiques. Quand on le mentionne, la plupart des gens pensent immédiatement aux camps de concentration. Ils voient des victimes émaciées, vêtues d'uniformes rayés et sales fixant, sans bien comprendre, leurs libérateurs ou bien des tas de cadavres, trop nombreux pour être enterrés individuellement, que des bulldozers poussent dans des fosses communes.

Ce sont là des images exactes. Ces scènes terrifiantes sont réelles. Elles se sont produites. Mais elles ne constituent pas tout le génocide. Elles sont seulement le résultat ultime de la systématisation du génocide commis par le Troisième Reich. La réalité de ce génocide ne commença pas dans les camps ou dans les chambres à gaz mais avec quatre petits groupes d'assassins connus sous le nom de Einsatzgruppen (Groupes d'intervention) créés par Himmler et Heydrich juste avant l'invasion de l'Union Soviétique.

Otto Ohlendorf lors de son procès à Nuremberg

Ils opéraient dans les territoires capturés par les armées allemandes pendant l'invasion de l'Union soviétique et, avec la coopération d'unités de l'armée régulière allemande et de milices locales, ils assassinèrent plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants. C'est une histoire qui ne s'est achevé qu'en 1952 lorsqu'Otto Ohlendorf, dernier commandant survivant d'un Einsatzgruppe (Einsatzgruppe D), a gravi les marches de l'échafaud, expiant ainsi plus de 90 000 meurtres commis sous ses ordres".(1)

LES EINSATZGRUPPEN : UNITÉS MOBILES D'EXTERMINATION

Dès 1939, lors de l'invasion de la Pologne, des unités d'intervention qui accompagnaient l'armée allemande exercèrent une traque meurtrière sur les intellectuels polonais, les prêtres, les partisans, mais n'accomplirent pas un meurtre de masse, du moins tel qu'il pourra se déchaîner lors de l'invasion du territoire soviétique en 1941.

Exécution de Polonais par un Einsatzkommando, octobre 1939

Unités qui en 1939 dépendaient opérationnellement de l'armée allemande, ce qui ne sera plus le cas  pour les nouvelles unités créées juste avant  l'invasion de l'Union soviétique (la majorité des membres appartenait aux Waffen-SS, branche militaire des SS). plus "spécialisées", entraînées, formées pour des objectifs spécifiques (L'exposé le plus succinct du but poursuivi par les Einsatzgruppen fut donné au procès d'Adolphe Eichmann par le Dr. Michael Musmanno, Juge à la Cour Suprême de Pennsylvanie, qui présida le procès des 23 chefs des Einsatzgruppen. Il affirma : " Le but des Einsatzgruppen était d'assassiner les Juifs et de les déposséder de leurs biens)" et qui recevaient directement les ordres d'Heinrich Himmler et de Reinhard Heydrich jusqu'à sa mort (assassiné par des partisans tchèques en mai 1942). Meurtre de masse qui allait se perpétrer dans le cadre de la mise en application de la "Solution finale de la question juive".

En juin 1941 commencèrent des tueries de masse qui ravagèrent totalement des communautés juives, meurtres par arme à feu ou par camion à gaz. Méthodes qui devaient s'avérées rapidement insuffisantes et plus  difficiles à assumer pour les assassins,  tant les victimes se chiffraient par centaine de mille. Ce qui conduisit le 31 juillet 1941, Hermann Göring à donner l'ordre à Reinhard Heydrich d'entamer des préparatifs  d'aménagement des camps d'extermination, tel Auschwitz-Birkenau, qui ouvriront  l'ère de la mort industrielle.

 

 

 

 

 

Les Einsatzgruppen

 

A l'automne 1941, Heinrich Himmler chargea le général SS Odilo Globocnik (commandant des SS et de la police dans le district de Lublin) de la mise en application d'un plan d'extermination systématique des Juifs du Gouvernement général. Le nom de code d'Action Reinhardt fut plus tard donné à ce plan en souvenir de Reinhardt Heydrich (assassiné par des partisans tchèques en mai 1942). Trois camps d'extermination furent créés en Pologne dans le cadre de l'Action Reinhardt : Belzec, Sobibor et Treblinka. A leur arrivée dans les camps, les Juifs étaient directement envoyés dans les chambres à gaz. L'assistant de Globocnik, le commandant SS Hermann Höfle, était chargé de l'organisation des déportations vers les camps de l'Action Reinhardt.

 

 

 

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La composition des Einsatzgruppen.

Il y avait approximativement 600 à 1000 hommes dans chaque groupe d'intervention, bien que beaucoup fussent du personnel de soutien. Les membres actifs des Einsatzgruppen provenaient de différentes organisations militaires et non-militaires du Troisième Reich. La majorité des membres appartenait aux Waffen-SS, branche militaire des SS. Dans le groupe d'intervention A, par exemple, la répartition des membres actifs était la suivante :

Waffen-SS : 340
Gestapo : 89
SD (service de sécurité)  35
Police de l'ordre 133
Kripo : 41

(Telford Taylor, op. cit., p. 526)

Chacun des groupes d'intervention fut en outre divisé en sous-unités opérationnelles connues sous le nom de Einsatzkommandos (commandos d'intervention) ou en Sonderkommandos (commandos spéciaux).

Les victimes des Einsatzgruppen

L'écrasante majorité des hommes, femmes et enfants assassinés par les Einsatzgruppen étaient des Juifs. Les Einsatzgruppen assassinaient aussi des Bohémiens (Tsiganes), ceux qui étaient identifiés comme fonctionnaires du Parti communiste, ceux qui étaient accusés de défier les armées d'occupation du Troisième Reich, et ceux qui étaient accusés d'être des partisans ou des combattants de la guérilla contre les armées d'invasion. Dans tous les cas ces assassinats allaient à l'encontre des lois en usage.

On n'en connaîtra jamais le chiffre exact; cependant, il y eut approximativement 1 500 000 personnes assassinées par les Einsatzgruppen. Les Einsatzgruppen ont soumis des rapports détaillés et précis de leurs actions à leurs supérieurs à la fois par radio et par écrit; la confrontation, au quartier général, permettait de vérifier l'exactitude de ces rapports. Selon ces rapports, environ 1 500 000 personnes furent assassinées. Alors qu'il évaluait ce nombre élevé de victimes, le Juge Michael Musmanno, qui présidait au procès des Einsatzgruppen écrivit :

« Un million de cadavres humains est un concept trop étrange et fantastique pour être appréhendé par un cerveau normal. Comme suggéré précédemment, le choc produit par la mention d'un million de morts n'est aucunement proportionné à son énormité car pour le cerveau moyen, un million est davantage un symbole qu'une mesure quantitative. Toutefois, si l'on lit en entier les rapports des Einsatzgruppen et si l'on observe les nombres augmenter, s'élever à dix mille, puis à des dizaines de mille, cent mille et au-delà, alors on peut enfin croire que ceci s'est réellement passé - le massacre de sang-froid, prémédité, d'un million d'êtres humains. »

 

Les preuves des crimes des Einsatzgruppen.

Les rapports des Einsatzgruppen qui décrivent en détail les meurtres et les pillages qu'ils ont commis sont les meilleures preuves que nous ayons des crimes commis par les Einsatzgruppen. Quand l'armée des Etats-Unis captura le Quartier Général de la Gestapo, elle trouva des centaines de rapports écrits par les Einsatzgruppen où ils établissaient froidement la liste de leurs activités. Il y a deux sortes de rapports dans cette collection de documents. « Les rapports de Situation et d'Activité » (ou « Rapports de Situation ») étaient des compilations mensuelles des activités de tous les Einsatzgruppen. Les rapports de Situation Opérationnelle (ou « Rapports Opérationnels ») étaient des rapports détaillés provenant des différentes unités donnant des détails précis sur le nombre de meurtres commis et les biens volés. Ces rapports étaient numérotés successivement et tous, à l'exception d'un seul des Rapports de Situation Opérationnelle furent retrouvés dans les archives du Troisième Reich. Les originaux de ces rapports sont à présent détenus par le gouvernement allemand dans les archives de Coblence où ils sont à la disposition des chercheurs et des historiens.

Ces rapports nous donnent une description complète de ce que faisaient les Einsatzgruppen et, puisqu'ils étaient approuvés par les plus hautes autorités du Troisième Reich, ils représentent les meilleures preuves des ordres donnés aux Einsatzgruppen. Ces rapports sont choquants à la fois par leur portée et par la parfaite insensibilité manifestée devant ces tueries. L'un des magistrats jugeant en appel l'affaire Stelmokas eut une réaction caractéristique devant le contenu d'un rapport : « Le Colonel Jäger relate les exécutions de milliers de Juifs et de centaines d'autres de façon si impersonnelle et si neutre et avec une telle fierté que son récit vous laisse dans un état de choc, glacé d'horreur. » (100F. 3e 302,305)

En outre, des témoignages directs furent apportés dans deux procès. Le premier fut celui d'Otto Ohlendorf, commandant des Einsatzgruppen D, et de 22 autres membres des SS accusés d'être responsables des crimes commis par les Einsatzgruppen. Le Juge Michael Musmanno de la Cour Suprême de Pennsylvanie présida le procès avec une équité exemplaire. Il accorda aux accusés toute liberté de présenter leur défense. Il estima qu'il était raisonnablement hors de doute que, d'après les témoignages apportés, les accusés étaient coupables de ce dont ils étaient inculpés. Quatorze d'entre eux furent condamnés à mort.

D'autres témoignages

Outre les preuves fournies par les rapports, on dispose des témoignages directs de ceux qui ont commis ces crimes et de quelques-uns de ceux qui y ont assisté. Ces hommes témoignèrent lors de deux procès criminels concernant les crimes des Einsatzgruppen. Le premier de ces procès fut celui d'Otto Ohlendorf et de 22 autres accusés qui commandaient les Einsatzgruppen en 1947. Ce procès se déroula devant un Tribunal de cinq juges qui appliqua les lois sur le témoignage et le droit positif en usage aux Etats-Unis. Le second procès important fut celui de membres du Sonderkommando 4 a (rattaché à l'Einsatzgruppe C) pour les 33 771 assassinats perpétrés à Babi-Yar les 29-30 septembre 1941. Ce procès se tint à Darmstadt conformément au droit allemand en 1967-68. Dans les deux cas, les tribunaux ont entendu les prévenus témoigner directement des crimes qu'ils avaient commis et ils ont condamné les accusés.

Prétendre que ces tribunaux étaient des « tribunaux bidons » et ces procès « des procès spectacles » n'est absolument pas recevable. Les deux procès ont été conduits dans un souci de respect scrupuleux du droit des accusés à un procès équitable. La défense put procéder au contre-interrogatoire des témoins, put remettre en cause les documents et présenter des preuves en faveur des accusés, sans aucune restriction.

Le soin qu'ont pris les tribunaux de permettre aux accusés de présenter une défense complète est bien illustré par un incident mémorable, au procès des chefs des Einsatzgruppen. À un moment donné pendant le procès, l'accusation éleva une objection contre l'argument d'un des prévenus qui prétendait avoir été forcé de servir dans un Einsatzgruppe. Le Juge Musmanno, qui présidait, rejeta l'objection en déclarant :

« La défense peut introduire n'importe quelle preuve excepté la description de la vie des pingouins de l'Antarctique et si la défense peut me convaincre que les moeurs des pingouins sont des preuves pertinentes dans cette affaire, alors la vie et les coutumes de ces animaux à la gorge blanche peuvent aussi être admises comme preuve. »

Après le procès devant le tribunal américain, en signe de reconnaissance pour la façon équitable et honnête dont leurs clients avaient été traités, les avocats de la défense offrirent au Juge Musmanno une statue de pingouin. Dans les procès qui suivirent, la défense demanda toujours que la « règle du pingouin » soit appliquée. Le pingouin est resté sur une étagère derrière le bureau du Juge Musmanno jusqu'à sa mort en 1968.

Malgré la grande liberté qu'on leur avait laissée, à aucun des procès les prévenus n'ont affirmé que les massacres n'avaient pas eu lieu et ils n'ont pas contesté non plus l'authenticité des rapports. Leur défense contre les accusations portées contre eux consistait à déclarer qu'ils avaient été forcés de servir dans les Einsatzgruppen ou, comme le fit Otto Ohlendorf, qu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres. Tous furent condamnés.


 

Les autres participants

Les Einsatzgruppen n'ont pas agi seuls. Ils furent aidés. Les Einsatzgruppen pouvaient demander de l'aide à la Wehrmacht, mais les groupes de la milice locale étaient beaucoup plus nombreux à participer volontiers aux massacres. À Babi-Yar où 33 771 Juifs furent assassinés les 20-30 septembre 1941, il y avait deux « Kommandos » ukrainiens qui assistaient le Sonderkommando 4a. En Lituanie, le Rapport Opérationnel 19 (11 juillet 1941) relate les faits suivants : « Nous avons retenu approximativement 205 partisans Lituaniens en tant que Sonderkommndo, avons subvenu à leurs besoins et les avons déployés pour participer aux exécutions nécessaires même à l'extérieur de la région. » En Ukraine, les Einsatzgruppen acceptaient volontiers la participation des milices locales à la fois parce qu'ils avaient besoin de l'aide de ces auxiliaires mais aussi parce qu'ils espéraient impliquer les habitants du pays dans les pogroms qu'ils dirigeaient. (Rapport Opérationnel 81, de l'Einsatzkommando 6, 12 septembre 1941)

Il y a beaucoup d'exemples connus de l'aide apportée par les milices locales aux Einsatzgruppen. Pendant la « Gross Aktion » du 28-29 octobre 1941, à Kaunas en Lituanie au cours de laquelle 9 200 Juifs furent massacrés, les milices Lituaniennes travaillèrent avec les Einsatzgruppen (100 F. 3e dans 308). On peut citer aussi les exemples de Zhitomir le 18 septembre 1941 en Ukraine où 3 145 Juifs furent assassinés avec l'aide de la milice ukrainienne (Rapport Opérationnel 106) et celui de Korosten lorsque la milice ukrainienne rafla 238 Juifs voués à la liquidation (Rapport Opérationnel 80). Parfois l'aide était plus active. Le Rapport Opérationnel 88, par exemple, rapporte que le 6 septembre 1941, 1 107 adultes juifs furent fusillés tandis que l'unité de la milice ukrainienne qui les aidait liquidait 561 enfants et jeunes Juifs.

Dans bien des cas, la milice qui assistait les Einsatzgruppen était payée avec l'argent et les objets de valeur volés aux victimes.

Les méthodes des Einsatzgruppen.

Les Einsatzgruppen fusillaient des gens. C'est aussi simple que cela. Utilisant des prétextes variés ils rassemblaient leurs victimes, les transportaient vers les lieux de massacres et les fusillaient.

À Babi-Yar, des affiches placardées dans toute la ville par la milice ukrainienne informaient les Juifs de Kiev qu'ils devaient se rassembler à 8h du matin le 29 septembre 1941 au cimetière près d'un quai de gare pour être réinstallés ailleurs. On leur disait d'apporter de la nourriture, des vêtements chauds, des documents, de l'argent, et des objets de valeur. (Dawidowicz, What, 103-4). La scène fut décrite par un officier à son procès en 1967. Il déclara : « C'était comme une migration de masse... les Juifs chantaient des chants religieux en chemin ». Sur le quai, on leur prenait leur nourriture et leurs biens et :

« Alors les Allemands commençaient à pousser les Juifs pour former de nouvelles files, plus étroites. Ils se déplaçaient très lentement. Après une longue marche, ils arrivaient à un passage formé par des soldats allemands avec des massues et des chiens policiers. Les Juifs étaient fouettés sur leur passage. Les chiens se jetaient sur ceux qui tombaient mais la poussée des colonnes qui se pressaient derrière était irrésistible et les faibles et les blessés étaient piétinés.

« Meurtris et ensanglantés, paralysés par le caractère incompréhensible de ce qui leur arrivait, les Juifs débouchaient sur une clairière d'herbe. Ils étaient arrivés à Babi-Yar, devant eux se trouvait le ravin. Le sol était jonché de vêtements. Des miliciens ukrainiens, surveillés par des Allemands, ordonnaient aux Juifs de se déshabiller. Ceux qui hésitaient, qui résistaient, étaient battus, leurs vêtements arrachés. Il y avait partout des personnes nues, ensanglantées. L'air était empli de cris et de rires convulsifs. »

(Davidowicz, What is the use of Jewish History, p. 106-107)

Après ce traitement brutal, les victimes étaient alignées au bord du ravin et abattues par des équipes de mitrailleurs. Quand ils eurent terminé le 30 septembre 1941, 33 700 personnes avaient été tuées.

Otto Ohlendorf témoigna des méthodes utilisées, à la fois à son propre procès et au procès des responsables du Troisième Reich, à Nuremberg. À Nuremberg, il déclara à la cour que les Juifs étaient rassemblés pour des exécutions de masse « sous prétexte qu'ils devaient être réinstallés ailleurs ». Il déclara ensuite au Tribunal : « Après avoir été enregistrés, les Juifs étaient réunis en un endroit d'où ils étaient ensuite transportés jusqu'au lieu de l'exécution, qui était, en général, un fossé anti-tank ou une excavation naturelle. Les exécutions étaient effectuées militairement, par des pelotons d'exécution sous commandement. » Tous les groupes n'ont pas commis leurs assassinats avec la précision militaire de ceux d'Ohlendorf. Comme il l'a déclaré : « Quelques chefs d'unité n'effectuaient pas les liquidations militairement, mais tuaient leurs victimes simplement d'une balle dans la nuque ».

Après décembre 1941, les nazis firent des expériences avec des camions conçus par le Dr. Becker, en utilisant les gaz mortels d'échappement des moteurs. Non seulement cette méthode était lente, mais, selon Otto Ohlendorf, elle n'était pas appréciée par ses hommes parce que « décharger les cadavres constituait une tension psychologique inutile ». Presque toutes les victimes de ces expériences étaient des femmes et des enfants et, pendant tout le règne de terreur des Einsatzgruppen, la fusillade fut le principal moyen d'exécution.


 

Les fusillades étaient des moyens efficaces, mais d'autres méthodes furent essayées.

En août 1941, Himmler rendit visite à l'Einsatzgruppe B et il assista alors à une exécution de masse à Minsk. Un témoin oculaire décrivit ce qui s'était passé pendant la visite d'Himmler à Minsk tandis qu'il regardait le massacre d'un groupe d'une centaine de Juifs :

« Comme la fusillade commençait, Himmler devint de plus en plus agité. À chaque salve, il baissait les yeux... L'autre témoin était le général de corps d'armée von dem Bach-Zelewski... von dem Bach s'adressa à Himmler : « Mon Maréchal, ceux ne sont là qu'une centaine... Regardez les yeux des hommes de ce commando, comme ils ont l'air profondément secoués. Ces hommes sont finis [« fertig »] pour le restant de leurs jours. Quel genre de recrues formons-nous ici ? Ou bien des névropathes ou bien des sauvages. »

(Arad, Belzec, Sobibor, Treblinka, p. 8)

Réagissant à cette expérience - le spectacle de 100 êtres humains massacrés de cette façon - Himmler ordonna de trouver une méthode d'exécution plus « humaine » (Reitlinger SS183). Otto Ohlendorf expliqua dans sa déposition à Nuremberg : « Himmler avait donné un ordre spécial pour que les femmes et les enfants ne soient pas exposés à la tension mentale que constituaient les exécutions, et ainsi les hommes des Kommandos, pour la plupart des hommes mariés, ne seraient pas obligés de tirer sur des femmes et des enfants.

Pour exécuter cet ordre, on utilisa d'abord des camions à gaz conçus par le Dr. Becker. Plus tard furent construits les terribles camps d'extermination, où des millions de gens furent gazés et réduits à mourir de faim.

Les abominables camps d'extermination furent établis peu après la visite d'Himmler à Minsk. Le premier fut celui de Chelmno où l'on commença à gazer des Juifs et des non-Juifs le 8 décembre 1941. Treblinka, Sobibor, et Maïdanek suivirent au printemps 1942. En outre, à Auschwitz, le plus célèbre camp d'extermination, on commença les expériences avec le Zyklon B en Septembre 1941. Bien que des gazages en masse furent effectués à Auschwitz au printemps 1942, le véritable travail d'extermination de masse commença avec l'opération du « Bunker 2 » le 4 juillet 1942 (D-VP 305)


 

Ces crimes ne sauraient être justifiés d'aucune façon.

Il se trouve quelques personnes qui voudraient nier ou justifier les assassinats commis par les Einsatzgruppen. L'explication la plus bienveillante de ce déni fut donnée par le Juge Michael Musmanno - juge expérimenté et ancien combattant endurci - qui présidait au procès des Einsatzgruppen. Choqué et écoeuré par les témoignages qu'il entendait, le Juge Musmanno écrivit :

« On lit et relit ces récits dont nous ne pouvons donner ici que quelques extraits et cependant subsiste l'instinct de ne pas croire, de contester, de douter. Il est psychologiquement moins difficile d'accepter les plus étranges histoires de phénomènes surnaturels, comme, par exemple, de l'eau qui coule vers le sommet d'une colline et des arbres dont les racines atteignent le ciel, que de prendre pour argent comptant ces récits qui vont au-delà des frontières de la cruauté humaine et de la sauvagerie. Seul le fait que les rapports dont nous avons cité des extraits proviennent de la plume d'hommes appartenant aux organisations mises en accusation permet à l'esprit humain d'être sûr que tout ceci s'est réellement passé. Les rapports et les dépositions des prévenus eux-mêmes confirment ce qui autrement serait écarté comme le produit d'une imagination malade. »

(Jugement du Tribunal, p. 50)

Ces crimes ont bien eu lieu. Aucune personne honnête ne peut vous regarder dans les yeux et déclarer le contraire. Pourquoi nierait-on ces crimes, ou justifierait-on ces crimes?

Je vous laisse deviner...

 

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Einsatzgruppen : Groupes d'action

Unités chargées des massacres de civils, principalement juifs, en territoires conquis.

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne. Des « Einsatzgruppen » suivent l'armée. Il s'agit de détachements chargés de missions spéciales derrière la ligne de front: l'assassinat de l'intelligentsia polonaise par fusillades.

Le 22 juin 1941, Hitler envahit l'URSS. Des unités indépendantes du commandement militaire sont encore une fois chargées de tâches spéciales en pays conquis, derrière le front. Cette fois, il s'agit de l'extermination des Juifs soviétiques. Le même nom est utilisé pour désigner les unités chargées d'accomplir ce crime: les Einsatzgruppen. Ils ne furent pas seuls chargés de ce que Raul Hilberg appelle les « opérations mobiles de tuerie » et le sol soviétique ne fut pas le seul théâtre des massacres à ciel ouvert d'hommes, de femmes et d'enfants juifs. La Wehrmacht et des bataillons de Police y prirent part notamment en Pologne. Les « opérations mobiles de tuerie » firent près de 1,5 millions de victimes.

Les massacres de masse d'environ un million de juifs se sont produits avant que les plans de la solution finale aient été entièrement mis en application en 1942

Les Einsatzgruppen (traduction littérale : « groupes d'intervention ») étaient des unités semi-militaires du IIIe Reich chargées de l'assassinat systématique des populations, en particulier des Juifs et des opposants au régime nazi. Ces groupes dépendaient du Reichssicherheitshauptamt ( « Office central de la sécurité du Reich » ou RSHA) et agissaient dans les territoires occupés de l'Est (Pologne, Union soviétique et Pays baltes), à l'arrière du Front de l'Est.

Ils étaient principalement composés par des membres de la SS, appartenant au RSHA (Gestapo, Kripo, SD) et par des membres de l'Ordnungspolizei ; ils comprenaient également des auxiliaires locaux de la police de sécurité, la Schuma.

Les missions d'extermination des Einsatzgruppen furent successivement l'élimination en masse des cadres polonais, des handicapés, des Juifs et des Tsiganes[1], puis, à partir de la rupture du pacte germano-soviétique et de l'invasion de l'Union Soviétique du 22 juin 1941, des prisonniers de guerre et des civils soviétiques[2], des saboteurs et terroristes, des cadres soviétiques, dont les commissaires politiques et des communistes au sens général du terme.

De 1940 à 1943, les Einsatzgruppen assassinèrent plus d'un million de personnes, essentiellement des Juifs et, à partir du 22 juin 1941, des prisonniers de guerre soviétiques[3]. Leur action fut la première phase de la Shoah, dans un premier temps les fusillades (appelée Shoah par balles), et dans un deuxième temps les camions à gaz itinérants, avant la mise en place des camps d'extermination.

 

Premières interventions

L'étymologie du mot Einsatzgruppen ne fait pas référence à une mission mortifère.

Lors de l'Anschluss ou de l'invasion de la Tchécoslovaquie, ils suivent les troupes allemandes pour sécuriser les territoires occupés, confisquer les armes, rassembler des documents et arrêter les opposants[4].

Un détachement est même prévu pour l'invasion de la Grande-Bretagne et reçoit une formation à cet effet[4].

Massacres en Pologne[modifier]

« Notre force tient à notre rapidité et à notre brutalité. [...] L'objectif de la guerre ne sera pas d'atteindre une ligne donnée, mais d'anéantir physiquement l'adversaire. C'est pourquoi j'ai disposé - pour l'instant seulement à l'Est - mes unités à tête de mort ; elles ont reçu l'ordre de mettre à mort sans merci et sans pitié beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants d'ascendance et de langue polonaise. C'est la seule manière pour nous de conquérir l'espace vital dont nous aurons besoin »

— Adolf Hitler à ses généraux, 22 août 1939[5].

C'est lors de la campagne de Pologne que s'opère la première phase de radicalisation de l'action des Einsatzgruppen.

Cinq[6] Einsatzgruppen sont constitués en juillet par Reinhard Heydrich[7] ; par la suite, deux Einsatzgruppen supplémentaires sont créés ainsi qu'un Einsatzkommando (« commando d'intervention ») indépendant formé à Dantzig[8]. Au total, ces unités comptent 3 000 hommes, issus de la Gestapo, du SD, de la Kripo et de l'Ordnungspolizei[8].
L'action de ces groupes, qui porte officiellement sur l'arrestation systématique de tous les ennemis potentiels, fait l'objet de négociations entre Heydrich et le général de brigade Eduard Wagner, responsable de la logistique au sein de l'OKW, entre le 31 juillet 1939 et le 29 août 1939[8]
Loin de se limiter à leur mission officiellement convenue lors des négociations, dans le sillage de la Wehrmacht, les Einsatzgruppen procèdent au massacre planifié de l'élite polonaise, en mettant l'accent contre les Juifs considérés comme opposants potentiels.

Si la Wehrmacht commet elle aussi de nombreuses exactions en représailles aux actions de francs-tireurs le plus souvent imaginaires[9], l'action des Einsatzgruppen est quant à elle planifiée avant même le début de l'invasion, dirigée vers des victimes prédéfinies[10], considérées comme des opposants ou de futurs opposants potentiels à l'occupation allemande. Heydrich indique ainsi « nous voulons bien protéger les petites gens, mais les aristocrates, les curetons et les Juifs doivent être supprimés[11]. »

Les tueries sont menées en parallèle avec celles commises par trois régiments des Totenkopfverbände qui suivent les troupes allemandes pour « appréhender les réfugiés récemment arrivés dans le pays et traquer les éléments hostiles au régime, parmi lesquels les francs-maçons, les Juifs, les communistes, l'intelligentsia, le clergé et l'aristocratie » [12]. La brutalité des unités de la SS et le nombre des assassinats qu'elles commettent, font l'objet de vives critiques du général de la Wehrmacht, Johannes Blaskowitz : « Les sentiments de la troupe envers la SS et la police oscillent entre la répulsion et la haine. Tous les soldats sont pris de dégoût et de répugnance devant les crimes commis en Pologne »[13]. Il semble être le seul à juger « inopportun » de livrer des suspects aux Einsatzgruppen [14]. Après la fin de la campagne de Pologne, lors d'un rassemblement d'officiers, le Generalleutnant Mieth déclare que les formations de police qui ont pratiqué des exécutions de masse « sans procédure juridique régulière [ont] sali l'honneur de la Wehrmacht »[15]. Ces incidents ne sont clos qu'après un accord entre Walther von Brauchitsch et Heinrich Himmler, début 1941, accord selon lequel les « événements locaux de 1939 [sont] définitivement clos » et ne doivent plus être abordés[15].

Les actions menées par l' Einsatzgruppe II dirigé par Emmanuel Schäfer et de l'Einsatzgruppe de Udo von Woyrsch[16], suscitent un profond malaise au sein du commandement de la Wehrmacht. Après un entretien avec Walther von Brauchitsch, commandant en chef, le général Wagner rencontre Heydrich le 19 septembre 1939, pour obtenir des précisions sur les missions confiées aux Einsatzgruppen. Sur ce point, Heydrich est très clair : il s'agit de la purification radicale des Juifs, de l'intelligentsia, du clergé et de la noblesse[8]. Selon Christopher R. Browning, le commandement de la Wehrmacht ne souhaite contester que ponctuellement les décisions de la SS, éviter les pires bavures et « gagner du temps de sorte que la Wehrmacht puisse se retirer de Pologne les mains propres »[17].

Le territoire polonais est également utilisé par les Einsatzgruppen pour l'élimination des handicapés mentaux et physiques, dans le prolongement de l'Action T4. Les premières victimes sont déportées de Poméranie et massacrées en octobre 1939. Ces opérations font plusieurs milliers de victimes, dont certaines sont tuées au moyen de camions de déménagement reliés à des réservoirs de monoxyde de carbone pur[18]

De septembre 1939 au printemps 1940, les assassinats commis par les Einsatzgruppen, la Waffen SS et leurs auxiliaires font entre 50 000[19] et 60 000 victimes[20].

L'invasion de l'Union Soviétique

Organisation générale (juin 1941

Quatre Einsatzgruppen sont constitués en préparation de l'invasion de l'Union Soviétique, alliée du IIIe Reich depuis la signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939. Affectés aux arrières d'un groupe d'armée, ils sont divisés en Einsatzkommandos (« commandos d'intervention ») et en Sonderkommandos (« commandos spéciaux »), qui réalisent les opérations de tuerie mobiles.

Organisation des massacres : les opérations mobiles de tuerie[modifier]

La préparation[modifier]

Le 3 mars 1941, Adolf Hitler exige du chef d'état-major de la Wehrmacht, le général Alfred Jodl, que soit examinée l'intégration des services du Reichsführer SS Heinrich Himmler dans les zones d'opération de l'armée[21] ce qui débouche sur d'intenses négociations au sein de la Wehrmacht, puis entre celle-ci et la SS. Dès le 5 mars, la Wehrmacht accepte de limiter le rôle des juridictions militaires aux affaires internes à la troupe ou aux affaires liées à une menace immédiate contre l'armée[22]. En l'absence d'administration civile, l'arrière du front devient de ce fait une zone de non-droit où la SS a les mains libres.

Le rôle des Einsatzgruppen est clairement mentionné dans des instructions du commandant en chef Wilhelm Keitel, le 13 mars 1941

« Dans le cadre des opérations de l'armée et dans le but de préparer l'organisation politique et administrative [des territoires occupés], le Reichsführer SS assume, au nom du Führer, la responsabilité des missions spéciales qui résulteront de la nécessité de mettre fin à l'affrontement entre deux systèmes politiques opposés. Dans le cadre de ces missions, le Reichsführer agira en toute indépendance et sous sa seule responsabilité »

— Wilhelm Keitel, 13 mars 1941[23].

Ces instructions sont détaillées via un accord négocié entre Reinhard Heydrich, chef du RSHA et le général Wagner, en date du 26 mars 1941, complété en mai 1941 après des discussions entre Wagner et Walter Schellenberg.

Au printemps 1941, plusieurs milliers de membres de la SS et de l'Ordnungspolizei sont rassemblés dans une école de police à Pretzsch, sur l'Elbe. À l'exception de quelques dirigeants, ils ne savent pas à quelle mission ils seront affectés[24]. Leur entraînement est réduit à sa plus simple expression[25].

Des premiers massacres à la Shoah par balle[modifier]

« Les tentatives de nettoyage de la part des éléments anticommunistes ou antisémites dans les zones qui seront occupées ne doivent pas être gênées. Au contraire, il faut les encourager, mais sans laisser de traces, de sorte que ces milices d'autodéfense ne puissent prétendre plus tard qu'on leur a donné des ordres ou [fait] des concessions politiques. [...] Pour des raisons évidentes, de telles actions ne seront possibles que pendant la phase initiale de l'occupation militaire »

— Reinhard Heydrich, 29 juin 1941[26].

Dès leur entrée à Kaunas, en Lituanie, le 23 juin 1941, des unités de l’Einsatzgruppe A suscitent des attaques spontanées de la population locale contre les Juifs : les pogroms qui ensanglantent la ville font plusieurs milliers de victimes[27] ; à Kaunas, des escadrons de la mort lituaniens se déchaînent également ; un soldat allemand de la 562e compagnie de boulangers a vu « des civils lituaniens frapper un certain nombre de civils avec différents types d'armes jusqu'à ce qu'ils ne donnent plus signe de vie » ; « d'autres témoins décrivent la présence enthousiaste de la population lituanienne (dont beaucoup de femmes avec des enfants s'installant au premier rang pour la journée)[28]. » Des pogroms ont également lieu en Ukraine[29]. Dans cette région, les nazis exploitent l'assassinat par le NKVD d'environ vingt mille prisonniers[30]. Même s'il n'y a aucun lien entre les victimes des pogroms et les bourreaux du NKVD, pour déchaîner la haine de la foule, les nazis désignèrent comme responsables les "judéo-communistes".
À Lvov, après avoir été obligés par les Ukrainiens d'enterrer les victimes du NKVD, les Juifs de la ville sont abattus dans des fosses, dans les prisons ou dans les rues et les places. À Zloczow, le Sonderkommando 4b de l’Einsatzgruppe C « se contente d'un rôle relativement passif consistant à encourager les Ukrainiens », essentiellement des membres de l'OUN, les soldats de la 5e Panzerdivision SS Wiking « n'ayant aucunement besoin d'être aiguillonnés[31].  » Dans les premiers jours de l'occupation, le lien supposé entre Juifs et NKVD explique que la plupart des massacres de Juifs se produise sans intervention allemande : « la plupart des Juifs qui ont péri à Brzezany ce jour-là ont été assassinés à coup de manches à balai sur lesquels on avait fixé des clous [...] Il y avait des rangées de bandits ukrainiens, armés de gros bâtons. Ils ont forcé ces gens, les Juifs, à passer entre les deux rangées et les ont massacré de sang-froid avec ces bâtons[32]. » S'ils ne sont qu'en petite partie spontanés, les pogroms ne sont pas non plus généralisés : à Brest-Litovsk, « les Biélorusses et les Polonais exprimèrent ouvertement leur compassion envers les victimes juives et leur dégoût des méthodes barbares employées par les Allemands » ; en Ukraine, dans la région de Jitomir, les responsables allemands regrettent qu' « il n'a été presque nulle part possible d'amener la population à prendre des mesures actives contre les Juifs[33]. »

Le 17 juin 1941, lors d'une réunion avec les chefs des Einsatzgruppen, Reinhard Heydrich établit la liste des personnes à assassiner.

« Tous les fonctionnaires du Komintern, la plupart de ceux-ci devant être des politiciens de carrière ; les fonctionnaires de haut rang et de rangs intermédiaires ainsi que les extrémistes du parti communiste, du comité central et des comités régionaux et locaux ; les commissaires du peuple ; les Juifs occupant des fonctions au sein du parti communiste ou du gouvernement, ainsi que tous les autres éléments extrémistes, saboteurs, propagandistes, francs-tireurs, assassins, agitateurs... »

— Reinhard Heydrich, 17 juin 1941[34].

 

Ces instructions sont suivies à la lettre : début juillet 1941, l’Einsatzkommando 9 de l’Einsatzgruppe B se livre à des exécutions de masse au sein de la population juive de Białystok, au nord-est de la Pologne[35]. À la même période, d'autres unités de l’Einsatzgruppe B assassinent les hommes juifs en âge de porter les armes à Minsk, à Vitebsk[36] et à Vilnius, aidés dans cette ville par des auxiliaires locaux[37]. L’Einsatzgruppe C sévit en Ukraine et en Galicie[38]. À l'iniative d'Himmler, en juillet 1941, les trois mille hommes des Einsatzgruppen sont renforcés par plusieurs dizaines de milliers de membres de la SS et de l’Ordnungspolizei et de deux brigades de la Waffen SS, placés sous le commandement des chefs suprêmes de la SS et de la police (Höherer SS- und Polizeiführer), comme Erich von dem Bach-Zelewski ou Odilo Globocnik ; le 25 juillet 1941, Himmler donne l'ordre de constituer des unités auxiliaires de police « avec les éléments fiables et anticommunistes parmi les Ukrainiens, les Estoniens, les Lettons et les Biélorusses », dont les effectifs atteignent trente-trois mille hommes fin 1941[39].

Le 29 juillet 1941, Himmler arrive à Kaunas pour accélérer le rythme des assassinats de masse. Il poursuit ensuite son inspection dans la région de Minsk, où il rencontre von dem Bach-Zelevski[40].

Les Einsatzgruppen poursuivent leur macabre besogne, notamment en Ukraine occidentale. Fin juillet, le 45e bataillon de la police de réserve y massacre toute la population juive de la petite ville de Chepetovka, entre Lviv et Kiev, hommes, femmes et enfants[41]. Entre le 27 juillet et le 11 août 1941, sur les ordres directs de Himmler, deux régiments de la brigade de cavalerie de la Waffen-SS, commandée par Hermann Fegelein tuent tous les Juifs de la région des marais de Polésie, sans distinction d'âge ou de sexe[42].

La décision d'exterminer les Juifs d'Europe orientale est prise en mars 1941[réf. nécessaire], mais les Einsatzgruppen ne reçoivent l'ordre explicite de tuer tous les Juifs sans distinction qu'en août[réf. nécessaire] ; aussi n'exterminent-ils généralement que les seuls individus de sexe masculin pendant les premières semaines de l'invasion.

Les méthodes d'assassinat

Les assassinats commis par les Einsatzgruppen se déroulent dans un véritable bain de sang, même si les méthodes diffèrent selon les unités concernées.

 

Le Sonderkommando 7a de l' Einsatzgruppe B, commandé par Walter Blume, colonel de l' Ordnungspolizei, mène les exécutions à Minsk et à Vitebsk « selon la méthode militaire », c'est-à-dire en faisant tirer sur chaque victime par trois hommes. Si cette méthode se traduit par une grande consommation de munitions, elle permet de diluer la responsabilité, chaque tireur ne pouvant déterminer quelle est la balle qui a mis fin aux jours de la victime[43].

A Poneriai ((pl)Ponary), près de Vilnius (voir Massacre de Poneriai), des auxiliaires lituaniens, sous les ordres de l' Einsatzkommando 9a, obligent leurs victimes à se dénuder jusqu'à la ceinture et à se couvrir le visage de leur chemise avant de les assassiner, un peloton de dix hommes tirant sur dix Juifs ; ils utilisent également une mitrailleuse légère avant d'achever les blessés d'une balle dans la tête[44]. C'est également à la mitrailleuse que sont massacrés, le 27 et 28 août, 23 600 Juifs à Kamenets-Podolski, sous les ordres du Höherer SS- und Polizeiführer (HSSPF) Jeckeln[45].

En Ukraine, les unités du même Jeckeln forcent les vicimes à s'allonger sur le sol, face contre terre, avant de les tuer d'une balle dans la nuque[46].

Dans certains cas, les tueurs sont amenés sur place par avion par la Luftwaffe, comme à Berditchev et Koroliuk, en Ukraine, le 14 septembre 1941

L'extension des meurtres de masse aux femmes et aux enfants juifs accroît encore la brutalité des bourreaux. Viktors Arajs, chef d'un Sonderkommando composé d'auxiliaires lettons, explique que si ses tueurs jettent les enfants en l'air avant de leur tirer dessus, ce n'est pas parce qu'ils sont des gamins farceurs, mais pour éviter de dangereux ricochets sur le sol[47].

Ces terribles méthodes n'empêchent pas que s'installe une certaine routine :

« Les opérations commençaient dans la nuit, aux toutes premières heures du matin. [...] Si le nombre de victimes était de, mettons, deux cent, tout était terminé pour le petit déjeuner. À d'autres occasion, ils travaillaient jusqu'à midi et plus tard. À la fin de l'opération, et parfois pendant, du schnaps et des zakouskis étaient servis. Les membres du peloton étaient toujours récompensés par de l'alcool [sur place], mais ceux qui montaient la garde ou étaient punis devaient attendre le retour au quartier général »

— Andrew Ezergailis, historien letton, à propos des massacres de Riga[48].

Si les méthodes diffèrent, le nombre des victimes varie lui aussi fortement. Les Einsatzkommandos et Sonderkommandos font parfois plusieurs centaines ou plusieurs milliers de victimes en un endroit unique et en quelques jours [49]. Au fil du temps, le nombre des victimes augmente pour atteindre plusieurs dizaines de milliers de victimes au cours d'une seule opération.

Mais les troupes des Einsatzgruppen parcourent également les bourgs, hameaux et petits villages pour des opérations à petite échelle.

« Au bord de la fosse, il y avait un escalier sommaire, en terre. Les Juifs se déshabillaient, tabassés par les gardes. Complètement nus, famille après famille, les pères, les mères et les enfants descendaient calmement les marches et s'allongeaient, face contre terre, sur les corps de ceux qui venaient d'être fusillés. Un policier allemand, Humpel, avançait, debout, marchait sur les morts et assassinait chaque Juif d'une balle dans la nuque. [...] Régulièrement, il arrêtait les tirs, remontait, faisait une pause, buvait un petit verre d'alcool puis redescendait. Une autre famille juive, dénudée, descendait et s'allongeait dans la fosse. Le massacre a duré une journée entière. Humpel a tué tous les Juifs du village, seul. »

— Récit de Luba, témoin visuel du massacre de la population juive du petit village de Senkivishvka en juin 1941[50].

La nature et le déroulement de leurs opérations posent plusieurs problèmes aux responsables, mobilisent de nombreux hommes pour une efficacité limitée et provoquent des troubles psychologiques et une tendance à l'alcoolisme chez une partie des exécuteurs, dont certains restent traumatisés.

Plusieurs dirigeants d’Einsatzgruppen réclament dès lors une autre méthode d'extermination, psychologiquement plus supportable pour les bourreaux. L'argument fut d'autant plus écouté par le RSHA que les charniers étaient parfois photographiés par des soldats de la Wehrmacht ou des personnes vivant à proximité. La méthode de substitution à la fusillade fut l'utilisation de camions aménagés, tuant par empoisonnement au gaz d'échappement. Lorsque la décision fut prise, à la fin de 1941, d'exterminer les Juifs d'Europe occidentale à leur tour, la méthode de gazage (monoxyde de carbone, puis Zyklon B dans le camp d'Auschwitz-Birkenau) fut adoptée de préférence à la fusillade.


Lorsque les tueurs estimaient que l’extermination prendrait du temps, ils firent créer des ghettos pour y parquer les survivants, en attendant leur élimination. Mais dans plusieurs cas, cette création ne fut pas nécessaire, notamment à Kiev : trente-trois mille Juifs ont été assassinés en quelques jours, à Babi Yar (Le Ravin des Grands Mères) [51].

Leur action fut complétée par des unités formées par les chefs de la SS et de la police, par le Sicherheitsdienst du Gouvernement général de Pologne et par la Gestapo de Tilsit. C’est le cas, notamment, à Memel (plusieurs milliers de victimes), Minsk (2 278 victimes), Dniepropetrovsk (quinze mille victimes) et Riga[52]. Des troupes roumaines participent également aux fusillades.

Les complices des Einsatzgruppen[modifier]

Ils furent assistés par une partie de la Wehrmacht[53]. Dans bien des cas, les soldats raflèrent eux-mêmes les Juifs pour que les Einsatzkommados les fusillent, participèrent eux-mêmes aux massacres, ou fusillèrent, sous prétexte de représailles, des Juifs. Ainsi, à Minsk, plusieurs milliers de « Juifs, criminels, fonctionnaires soviétiques et Asiatiques » ont été rassemblés dans un camp d’internement, puis assassinés par des membres de l'Einsatzgruppe B et de la Police secrète de campagne[54].

Les Einsatzgruppen peuvent aussi compter sur la collaboration active des bataillons de l'Ordnungspolizei et sur celle des chefs suprêmes de la police et des SS comme Erich von dem Bach-Zelewski.[55]

Les Einsatzgruppen s’efforcèrent de susciter des pogroms locaux, à la fois pour diminuer leur charge de travail et pour impliquer une part maximale de la population locale dans l’anéantissement des Juifs. Les bureaucrates du RSHA et les commandants de l’armée ne souhaitaient pas que de telles méthodes fussent employées, les uns parce que ces formes de tueries leur paraissaient primitives, et donc d’une efficacité médiocre par rapport à l’extermination soigneuse des Einsatzgruppen ; les autres parce que ces pogroms faisaient mauvais effet. Les pogroms eurent donc lieu, principalement, dans des territoires où le commandement militaire était encore mal assuré de son autorité : en Galicie et dans les pays baltes, tout particulièrement en Lituanie. En quelques jours, des Lituaniens massacrèrent 3 800 Juifs à Kaunas. Les Einsatzgruppen trouvèrent une aide plus importante et plus durable en formant des Hiwi, bataillons auxiliaires dans la population locale, dès le début de l’été 1941. Ils ont été créés, pour la plupart, dans les pays baltes et en Ukraine. L’Einsatzkommando 4a (de l’Einsatzgruppe C) décida ainsi de ne plus fusiller que les adultes, les Ukrainiens se chargeant d’assassiner les enfants. Quelquefois, la férocité des collaborateurs locaux effraya jusqu’aux cadres des Einsatzgruppen eux-mêmes. C’est le cas, en particulier, des membres de l’Einsatzkommando 6 (de l’Einsatzgruppe C), « littéralement épouvantés par la soif de sang » que manifesta un groupe d’« Allemands ethniques » ukrainiens[56].

Le recrutement en Ukraine, Lituanie et Lettonie fut d’autant plus facile qu’un fort antisémitisme y sévissait avant la guerre — à la différence de l’Estonie, où la haine des Juifs était presque inexistante[57].

Il faut toutefois rappeler que la majorité des bourreaux étaient des citoyens du Reich, Allemands ou Autrichiens. Dans un contexte plus large, S.T. Possony, sur la base de chiffres provenant de l’Israel’s War Crime Investigation Office, estime que sur les 95 000 personnes impliquées dans les mesures anti-juives, massacres et déportation, on dénombre 45 000 Allemands et 8 500 Autrichiens, 11 000 Baltes (parmi lesquels le sonderkommando de Viktors Arājs), 11 000 Ukrainiens, 9 000 Russes et Biélorusses, 7 500 polonais et 3 000 ouest européens[58]. De plus, les collaborateurs locaux qui ont participé aux massacres ne constituent qu'une infime minorité des populations concernées.[réf. nécessaire]

Bilan

Les Einsatzgruppen gardaient des registres de leurs massacres et un des plus célèbres d'entre eux est le rapport Jäger, couvrant l'opération de l’Einsatzkommando 3 sur plus de cinq mois en Lituanie. Il fut écrit par Karl Jäger, le commandant de l'unité. Il y inclut une liste détaillée récapitulant chaque massacre, se montant à 137 346 victimes, et y atteste : « […] je peux confirmer aujourd'hui que l'Einsatzkommando 3 a réalisé son objectif de résoudre le problème juif en Lituanie. Il n'y a plus de Juifs en Lituanie, mis à part les travailleurs juifs et leurs familles. » Après la guerre, en dépit de ces registres, Jäger habita en Allemagne sous son propre nom jusqu'en 1959 où il fut arrêté pour crime de guerre, mais il se suicida peu après.

Au terme d'un décompte partiel obtenu grâce aux rapports d'Einsatzgruppen, et du rapport d'Heinrich Himmler à Adolf Hitler en décembre 1942, Raul Hilberg totalise 900 000 victimes. Outre les Juifs non comptabilisés mais effectivement tués par les Einsatzgruppen, il faut ajouter, écrit Hilberg, ceux qui ont été tués par la deuxième vague d'unités mobiles de tuerie, partie après les Einsatzgruppen, et de composition semblable, bien qu'elles ne portent pas ce nom, ainsi que les Juifs tués par l'armée allemande et l'armée roumaine[59]. Au total, il estime qu'1,4 millions de Juifs ont été tués par les unités mobiles de tuerie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Interprétations

Dans Des Hommes ordinaires, l'historien Christopher Browning fait une étude détaillée du comportement, des motivations et des actes du 101e bataillon de réserve de la police allemande, qui fut jugé après la guerre pour les faits de massacres de juifs en Pologne.

Les chefs des Einsatzgruppen et des Einsatzkommados étaient majoritairement des personnes diplômées, exerçant souvent des professions libérales. Ils n'ont presque jamais exprimé le moindre remords ou regret.

Les motivations des hommes engagés dans les unités mobiles de tueries, de même d'ailleurs que des autres exécutants de la Shoah, font l'objet d'un débat historiographique souvent âpre. Browning insiste sur l'aspect ordinaire des tueurs, qui ont accepté d'exécuter leur tâche avant tout par docilité.

À l'inverse, pour Daniel Goldhagen, la principale explication se trouve dans l'adhésion au projet nazi d'extermination, adhésion provenant de l'antisémitisme « éliminationniste », développé en Allemagne, c'est-à-dire la volonté de se séparer physiquement des Juifs, par expulsion ou par extermination.

Pour Richard Rhodes, la théorie de Goldhagen « a un caractère tautologique, puisqu'elle inclut l'effet (l'élimination) dans la cause (l'antisémitisme) »[4]. Il critique notamment l'affirmation de Goldhagen selon laquelle « les individus doivent être motivés pour en tuer d'autres, sinon ils ne le feraient pas » en la qualifiant de naïve et de lapalissade[4]. Se rapprochant de Browning, Rhodes explique la motivation des tueurs en se basant sur l'approche du criminologue Lonnie Athens, soit un phénomène de socialisation par la violence articulé en quatre étapes : la brutalisation[60], la belligérance, le comportement violent et la virulence[61].

Articles connexes

Bibliographie[

  • Omer Bartov, L'armée d'Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Hachette, Paris, 1999.(ISBN 2012354491)
  • Christopher R. Browning, Des hommes ordinaires, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Histoire », 1994 (ISBN 2251380256)
  • Christopher R. Browning, Politique nazie, travailleurs juifs, bourreaux allemands, Paris, Les Belles Lettres, 2002
  • Christopher R. Browning, Les origines de la solution finale, Paris, Les belles lettres, 2007 (ISBN 9782251380865)
  • Collectif, « La Wehrmacht dans la Shoah », Revue d'histoire de la Shoah, n° 187, juillet/décembre 2007, Paris, Mémorial de la Soah, 2007, (ISBN 9782952440950)
  • Daniel Jonah Goldhagen, Les Bourreaux volontaires de Hitler. Les Allemands ordinaires et l'Holocauste, Paris, Seuil, 1997. (ISBN 2020289822)(rééd., Points, 1998).
  • Ronald Headland, Messages of murder. A study of the reports of the Einsatzgruppen of the security police and the security service, 1941-1943, Dickinson University Press, 1992.
  • Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Paris, Gallimard, coll. « Folio » Histoire, 2006, 3 vol. (ISBN 2070309835)
  • Helmuth Krausnick et Hans-Heinrich Wilhem, Die Truppe des Weltanschauungkrieges, Stuttgart, 1981
Monographie sur l'Einsatzgruppe A

Filmographie[modifier]

  • Michaël Prazan, Einsatzgruppen. Les commandos de la mort, France, France 2 éditions, 2009, 180 minutes

Liens externes[modifier]

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Les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination) étaient des escadrons de SS et de la police allemande qui suivaient l'avancée de l'armée allemande. Sous le commandement d'officiers de la Police de sécurité (Sipo) et du Service de sécurité (SD), ils reçurent pour mission, entre autres, d'exterminer ceux qui étaient perçus comme des ennemis politiques ou raciaux trouvés derrière les lignes de front en Union Soviétique occupée. Parmi leurs victimes, il y eut des Juifs (hommes, femmes et enfants), des Tsiganes, et des fonctionnaires de l'Etat soviétique et du Parti communiste. Les Einsatzgruppen assassinèrent également des milliers de patients dans des établissements psychiatriques. De nombreux chercheurs pensent que le massacre systématique des Juifs d'Union Soviétique occupée par les bataillons des Einsatzgruppen et la Police de l'ordre (Ordnungspolizei) constitue la première étape du programme nazi d'extermination de tous les Juifs européens.

Lors de l'invasion de l'Union soviétique en juin 1941, les Einsatzgruppen suivirent l'armée allemande et son avance au cœur du territoire soviétique. Les Einsatzgruppen, s'appuyant souvent d'une aide locale, conduisirent des opérations d'extermination de masse. Contrairement à ce qui se passait lors de la déportation de Juifs des ghettos vers les camps, les Einsatzgruppen allaient directement dans les communautés de Juifs et les massacraient.

L'armée allemande apportait un soutien logistique aux Einsatzgruppen, en leur fournissant approvisionnement, transport et logement. Au début, les Einsatzgruppen abattirent surtout des hommes juifs. Mais très vite, à partir du mois d'août 1941, leurs membres abattirent les aussi les femmes et les enfants juifs sans distinction d'âge ni de sexe, et les enterrèrent dans des fosses communes. A partir de la fin du mois de juillet 1941, des bataillons de la police d'ordre, sous le commandement de dirigeants de haut rang des SS et de la police récemment nommés dans les territoires occupés d'Union soviétique, lancèrent des opérations d'annihilation systématique des principales communautés juives.

Les Einsatzgruppen qui suivirent l'armée allemande en Union soviétique étaient répartis en quatre groupes opérationnels de la taille d'un bataillon chacun. L'Einsatzgruppe A s'occupait de la zone allant de la Prusse orientale en direction de Leningrad, et couvrant la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie et d'autres territoires. L'Einsatzgruppe A massacra des Juifs à Kovno, Riga et Vilno. La zone de l'Einsatzgruppe B partant de Varsovie, en Pologne, et s'étendait en Biélorussie en direction de Smolensk ; cet Einsatzgruppe massacra des Juifs entre autres à Grodno, Minsk, Brest-Litovsk, Slonim, Gomel et Mogilev. La zone de l'Einsatzgruppe C débutait à Cracovie et Rzeszow (en Pologne occupée) et s'étendait en Ukraine en direction de Kharkov et de Rostov-sur-le-Don. Ses membres orchestrèrent des massacres à Lvov, Tarnopol, Zolochev, Kremenets, Kharkov, Kiev et ailleurs. De ces quatre unités, l'Einsatzgruppe D était celui qui opérait le plus au sud. Ses membres se livrèrent à des massacres dans le sud de l'Ukraine et en Crimée, en particulier à Nikolayev, Kherson, Simferopol, Sébastopol et Feodosiya.

Les Einsatzgruppen reçurent une aide importante des soldats allemands, hongrois et roumains, de collaborateurs locaux et d'autres unités SS. Les membres des Einsatzgruppen furent recrutés parmi les SS, les Waffen-SS (formation militaire des SS), dans le SD, la Sipo, dans la police d'ordre et dans d'autres unités de police.

Au printemps 1943, les Einsatzgruppen et des bataillons de la police d'ordre avaient tué plus d'un million de Juifs et des dizaines de milliers de commissaires politiques et de partisans soviétiques, de Tsiganes et d'handicapés mentaux. Les méthodes d'extermination mobiles s'avérèrent inefficaces et psychologiquement difficiles à supporter pour les assassins. Alors que ces assassinats sauvages étaient encore en cours, les nazis planifièrent et commencèrent la construction d'installations de gazage spéciales dans des camps d'extermination créés pour exterminer un nombre plus important encore de Juifs.

Les Einsatzgruppen sont enfin aidés : ils peuvent solliciter l'aide de la Wehrmacht, qui reste en général assez réticente mais met souvent à disposition des EG sa logistique… Ce sont surtout des troupes des milices locales des territoires conquis qui vont participer en nombre aux massacres. Il s’agit la plupart du temps d’auxiliaires lettons, lituaniens, estoniens et ukrainiens. L’antisémitisme est en effet virulent aussi bien dans les pays Baltes qu’en Ukraine… En Ukraine, les Einsatzgruppen acceptent volontiers la participation des milices locales à la fois parce qu'ils ont besoin de l'aide de ces auxiliaires mais aussi parce qu'ils espèrent impliquer les habitants du pays dans les pogroms qu'ils dirigent. (Rapport Opérationnel 81, de l'Einsatzkommando 6, 12 septembre 1941)

Ainsi, à Babi-Yar, près de Kiev, où 33 771 Juifs sont assassinés les 20-30 septembre 1941, deux « Kommandos » ukrainiens assistent le Sonderkommando 4a. Pendant la «Gross Aktion» du 28-29 octobre 1941, à Kaunas en Lituanie, au cours de laquelle 9.200 Juifs sont massacrés, les milices lituaniennes travaillent avec les Einsatzgruppen. A Zhitomir en Ukraine, 3 145 Juifs sont assassinés le 18 septembre 1941 avec l'aide de la milice ukrainienne (Rapport Opérationnel 106) ; Le « Rapport Opérationnel 88 » rapporte que le 6 septembre 1941, 1 107 adultes juifs sont fusillés tandis que l'unité de la milice ukrainienne liquide 561 enfants et jeunes Juifs. Dans bien des cas, la milice qui assiste les Einsatzgruppen est payée avec l'argent et les objets de valeur volés aux victimes.

Le massacre des Juifs de Lettonie

En mars 1941, en préparant l'attaque contre l'URSS, Hitler confie à Heinrich Himmler, Reichsführer SS et à son adjoint Reinhard Heydrich, chef du Sicherheitsdienst « SD » l’organisation de l'annihilation immédiate et complète des Juifs qui résident dans le territoire du futur « Reichskommissariat Ostland », les territoires des états baltes, Estonie, Lituanie et Lettonie, ainsi que la Biélorussie. À cette fin est créée l'« Einsatzgruppe A der Sicherheitspolizei und des SD ». Les nazis décident d’associer à leur action les antisémites locaux, particulièrement virulents dans les pays baltes. En juin 1941 Reinhardt Heydrich donne l’instruction secrète d’agir en sorte que les actions antisémites apparaissent comme une expression spontanée de haine anti-Juive de la part des Lituaniens, Estoniens ou Biélorusses… L'instruction précise notamment :

« Aucun obstacle ne sera mis à la manière par laquelle les anticommunistes et les antisémites souhaitent mener leurs actions de purification dans les territoires nouvellement conquis. Au contraire, ces actions devront être intensifiées… et, au besoin, elles devront être canalisées de manière à ne donner à ces groupes d’autodéfense aucune possibilité de se référer plus tard à des ordres ou des promesses politiques venant de l’extérieur… »

En termes clairs, il faut faire « porter le chapeau » aux antisémites locaux… Il est projeté de filmer et de photographier les actions criminelles des antisémites locaux et d'autres partisans des nazis afin de faire une ample collection de preuves, avec l’intention très claire de falsifier l’histoire et de compromettre les nations conquises.

C’est la Lettonie qui la première voit arriver l’Einsatzgruppe A, commandé par le SS Brigadenführer et docteur en droit Walter Stahleker. Le groupe est formé de 990 membres de la police allemande, de la Gestapo et des Waffen SS. Il est réparti en unités spéciales de massacre, Einsatz- et Sonderkommandos, avec environ chacun 150 hommes. L’Einsatzgruppe est accompagné de Lettons qui avaient fui leur pays en 1939 lorsqu’il était tombé aux mains des Soviétiques, et qui s’étaient réfugiés en Allemagne où ils étaient bien connus pour leur anticommunisme et leur antisémitisme virulent. Très rapidement, ils jouent le rôle de relais, prenant contact avec les réseaux de résistants anti-Soviétiques et de nombreux membres de l'organisation « P?rkonkrusts » (« Croix du tonnerre »), avec comme objectif de les impliquer dans l’extermination des Juifs et des communistes.

P?rkonkrusts est une organisation nationaliste fasciste créée en 1930, violemment antisémite, anti soviétique, mais aussi anti germanique… Cette organisation est interdite par les Soviétiques en 1939 et ses membres poursuivis. Beaucoup se réfugient en Allemagne nazie. Lorsque la Wehrmacht s’empare de la Lettonie, P?rkonkrusts tente de revivre, mais les nazis se méfient de ce mouvement, à leur goût beaucoup trop nationaliste, et ne permettent pas sa renaissance. Quelques anciens dirigeants du mouvement restent en effet fidèles à leur anti-germanisme viscéral et vont bientôt rejoindre les rangs de la résistance. Mais de nombreux autres se lancent dans la collaboration : en lien avec la police lettone et l’armée, ils forment des milices secrètes au service des nazis pour, sur leurs ordres, terroriser la population et exterminer les Juifs et les sympathisants communistes.

Le 8 juillet 1941, tout le territoire letton est sous occupation nazie. Seuls environ 15 000 juifs lettons sont parvenus à s'échapper à l'est. Plus de 75 000 d'entre eux sont aux mains des nazis. Mais les massacres ont commencé dès la nuit du 23 au 24 juin 1941, lorsque les membres du SD exécutent 6 Juifs de Grobi?a dans le cimetière. Les jours suivants 35 juifs sont exterminés à Durbe, Priekule et As?te. Le 29 juin les nazis forment la première unité auxiliaire lettone à Jelgava. Elle est commandée par M?rti?š Vagul?ns, membre du « P?rkonkrusts ». Durant l’été 1941, les 200 à 300 hommes de l'unité participent à l'extermination d'environ 2 000 juifs à Jelgava et dans la province de Zemgale (centre sud de la Lettonie). Le massacre est dirigé par les SS allemand Rudolf Batz et Alfred Becu et les hommes de l’Einsatzgruppe. La synagogue principale de Jelgava est détruite.

   

près la prise de Riga W. Stahlecker, secondé par les membres de « P?rkonkrusts » et d'autres collaborateurs locaux, organise le pogrom des Juifs dans la capitale de la Lettonie. Viktors Ar?js, 31 ans, ancien membre de « P?rkonkrusts » est nommé chef de l’opération. Cet « éternel étudiant » est fanatisé par son épouse, une riche propriétaire de magasins, de dix ans son aînée. Ar?js avait travaillé un certain temps dans la police, mais s'en était vu chassé à cause de son extrémisme. C’est un homme bien repu, très coquet, portant fièrement son chapeau d’étudiant…. Le 2 juillet Ar?js commence à former son unité armée chargée de vider la Lettonie de ses « juifs et communistes. » Au début, l’unité comprend essentiellement de nombreux étudiant, membres de diverses organisations, mais rapidement elle s’adjoint de nombreux individus louches et de membres de la pègre locale… En 1941 elle est forte d’environ 300 hommes. Les principaux adjoints de Victors Ar?js sont Konstant?ns Ka?is, Alfr?ds Dikmanis, Boris Kinsler et Herbert Cukurs. La nuit du 3 juillet, le commando d'Ar?js commence à arrêter, maltraiter et voler les juifs de Riga. Le 4 juillet, la synagogue de la rue Gogo?a est incendiée, puis c’est le tour des synagogues des Maskavas et Stabu. Rapidement, le pogrom tourne au massacre, et de nombreux Juifs sont tués, y compris des Juifs réfugiés de Lituanie. Ces massacres sont censés servir « d'exemple » pour d'autres antisémites pronazis… Au 16 juillet, il y a déjà 2 700 morts et 2 000 prisonniers qui seront exterminés avant la fin du mois…

Diverses unités lettones auxiliaires sont été également impliquées dans l'extermination des Juifs. Dans la zone d'Il?kste, des juifs ont été tués par « l’escadron de la mort » du commandant Oskars Baltmanis, composé de 20 meurtriers. Tous les massacres sont supervisés par les SS allemands. En juillet 1941, après l’action du « Commandio Arajs », les 4 000 Juifs de Riga survivants et des environs sont tués dans la forêt voisine de Bi?ernieku. Les exécutions sont dirigées par les SS Sturmbannführers H. Barth'>Barth, R. Batz, et Rudolf Lange de Riga. A Liep?ja (Libau), le premier massacre de masse des juifs a lieu les 3 et 4 juillet, lorsqu’environ 400 personnes sont tuées, et le 8 juillet lorsque 300 juifs sont exterminés : ce sont les SS qui se chargent de l’exécution, sous le commandement d'Erhard Grauel, alors que les Lettons convoient le cortège des victimes sur le lieu du massacre. Le 13 juillet est détruite la grande synagogue de Liep?ja. Les rouleaux de la Torah sont jetés sur la place Ugunsdz?s?ju et les Juifs sont forcés de « danser dessus » sous les rires et les quolibets des assassins… A Ventspils, les massacres sont commis par le même commando qu’à Libau, avec la participation de la milice locale : entre le 16 et le 18 juillet, 300 personnes sont tuées dans la forêt de Kazi?u. Les 700 juifs restant seront assassinés en automne…

5.2.1. La prise de la ville par les Allemands

Les 19 et 20 septembre 1941 Kiev est occupée par la 6è armée allemande. A ce moment 875 000 personnes habitent la ville, dont 175 000 Juifs, représentant 20% de la population. Quelques unes des plus importantes industries de guerre avaient été évacuées par les Soviétiques avec tout leur personnel. Parmi celui-ci, 20 à 30 000 Juifs ukrainiens. Entre 130 et 140 000 Juifs tombent donc entre les mains des nazis. La population, se souvenant de l’occupation de la ville par les Allemands en 1918, est convaincue que les nazis vont se comporter comme leurs aînés, de façon amicale et civilisée. On est convaincu que les occupants vont rendre leurs droits et leurs propriétés aux gens spoliés par le régime stalinien. Pour les Ukrainiens, la Wehrmacht ressemble à une armée de libération. Les Juifs sont à cent lieues de s’imaginer le sort qui les attend. Mais dès la première journée d’occupation, des Juifs sont poursuivis et quelques-uns assassinés. Les Allemands n’envisagent cependant pas l’établissement d’un ghetto.

5.2.2. Les attentats

Le 24 septembre et dans les jours qui suivent, plusieurs bombes explosent dans la ville (rue Kreshtchatik et Prorizna), provoquant d’énormes dégâts. Des dizaines de maisons occupées par des Allemands au centre ville sont détruites, dont le quartier général de l’armée, l’hôtel Continental. Une centaine de soldats et d’officiers allemands sont tués et un incendie consécutif aux explosions ravage encore d’autres bâtiments. Ces bombes ont été posées par des éléments du NKVD restés dans la ville après la retraite soviétique.

Le Général de la Wehrmacht Alfred Jodl témoigne lors de son procès à Nuremberg :

« ...Nous avions à peine occupé la ville, qu’il y eut un suite d’énormes explosions. La plus grande partie du centre ville était en feu ; 50 000 personnes se trouvaient sans toit. Des soldats allemands furent mobilisés pour combattre l’incendie ; Ils subirent d’énormes pertes, car pendant qu’ils luttaient contre le feu, d’autres bombes explosèrent encore… Le commandant de la place de Kiev pensa d’abord que la responsabilité du désastre incombait à la population civile locale. Mais nous avons trouvé un plan de sabotage qui avait été préparé longtemps à l’avance et qui avait listé 50 à 60 objectifs, prévus pour être détruits. Les techniciens ont immédiatement prouvé que le plan était authentique. Au moins 40 autres objectifs étaient prêts à être détruits ; ils devaient sauter grâce à un déclanchement à distance par ondes radio. J’ai eu en mains le plan. »

5.2.3. Le prétexte

Dans la rue Kreshtchatik les Allemands arrêtent un Juif en train de sectionner un tuyau destiné à combattre l’incendie. Il est immédiatement abattu. Cet incident devient le prétexte pour rendre responsables des explosions les Juifs de la ville. Le commandant militaire de Kiev, le major général Eberhardt rencontre immédiatement le HSSP SS-Obergruppenführer Friedrich Jeckeln, commandant de l’Einsatzgruppe C, le SS-Brigadeführer Otto Rasch et le commandant du Sonderkommando 4a, le SS-Standartenführer Paul Blobel. Il décident que le seule « réponse appropriée » à cet acte de sabotage ne peut être que la destruction radicale des Juifs de Kiev, et qu’elle sera réalisée par le Sonderkommando 4a. Ce commando est formé d’hommes du SD et de la SiPo, des 3 compagnies des « Bataillons de Waffen-SS mises à disposition pour des actions spéciales », et d’une unité du 9è bataillon de Police. Les 45è et 305è régiments du « régiment de police sud » ainsi que quelques troupes d’auxiliaires ukrainiens sont mis à disposition pour le soutien de l’action. Le lieu d’exécution est rapidement choisi : c’est un ravin profond, à environ 10km des limites de la ville : Babi Yar (Babyn Jar en ukrainien). Aujourd’hui l’endroit et englobé dans les limites de la ville.

Le 28 septembre 1941, la 637è compagnie de Propagande affiche dans la ville un appel à la population, imprimé par les services de la 6è Armée :

« Tous les Juifs de la ville de Kiev et de ses environs doivent se rassembler lundi le 29 septembre 1941 à 8 heures du matin à l’angle des rues Melnikova et Dokhturova. Ils doivent apporter leurs papiers officiels, leur argent, leurs objets de valeur, des habits chauds, des sous-vêtements etc… Chaque Juif qui ne respecte pas cette ordonnance et qui sera trouvé ailleurs sera fusillé. Chaque citoyen trouvé dans les appartements des Juifs abandonnées ou en train d’y voler sera fusillé. »

En même temps, les Allemands font courir le bruit que ces Juifs seront transférés dans des camps de travail. Comme le lieu de rassemblement se trouve près de la gare de marchandise de Lukianivka, de nombreux Juifs font confiance en cette rumeur…

5.2.5. Le massacre

Le lundi 29, ils sont des milliers à obéir à l’ordre allemand. Gardés par les SS, les hommes du SD et les auxiliaires ukrainiens, ils se rendent par groupes de 100 par la rue Melnikova au cimetière juif qui se trouve à proximité du ravin de Babi Yar. L’ensemble du secteur est entouré d’une clôture de barbelée et gardé par plusieurs cordons d’hommes de troupe : la police ukrainienne forme le cordon extérieur, ukrainiens et allemands le cordon central, allemands uniquement le cordon intérieur. Au bord du ravin les Juifs doivent se déshabiller et déposer tous leurs objets et valeurs. Puis, par groupes de 10 ils descendent dans le ravin. Là, on les exécute au fusil ou à la mitrailleuse sous les yeux de leurs compagnons d’infortune pour qui toute fuite est désormais inutile et impossible.

Beaucoup plus de Juifs sont conduits à la mort que n’en espèrent les Allemands. D’après un rapport de l’Einsatzgruppe C, les SS s’attendent à ce qu’arrivent entre 5 et 6 000 Juifs. Ils sont plus que 30 000, croyant tous qu’ils allaient être transférés. En conséquence, tous les Juifs ne peuvent pas être massacrés le même jour. Mais pour aller plus vite, on invente des « techniques » :

 

« Les tueurs n’avaient pas assez de temps d’accomplir leur tâche. C’est pourquoi ils placent les gens tête contre tête, afin qu’une balle touche deux personnes. Ceux qui étaient seulement blessés sont achevés à coup de pelle. Des enfants sont jetés vivants dans le ravin et enterrés… »

Félix Levitas, historien.

 

« Ils fusillèrent les gens du matin au soir. La nuit tombée, les Allemands se couchèrent. Le reste des victimes fut enfermé dans des garages. Le massacre s’étendit sur 5 jours. Les nazis amenaient toujours plus de personnes, et seuls des camions chargés des vêtement des victimes sont partis… »

Sergey Ivanovich Lutsenko, ancien gardien du cimetière de Lukianivka

Le massacre des juifs de Kiev dure jusqu’au 3 octobre 1941. Dans les mois suivants, le ravin de Babi Yar continue à servir de lieu d’exécution pour des Juifs, des civils ukrainiens, des prisonniers de guerre soviétiques, des Tziganes sinti ou roma. D’après les sources soviétiques, entre 100 et 200 000 personnes ont été exécutées à Babi Yar jusqu’à la libération de la ville le 6 novembre 1943. D’après un rapport de l’Einsatzgruppe C du 7 octobre 1941, le nombre des victimes juives des massacres de septembre 1941 s’élève à 33 771 Juifs. Quelques habitants de Kiev ont dénoncé leurs voisins juifs. Mais d’autres leur ont proposé de les cacher. Après la guerre le chef du SiPo et du SD de Kiev a affirmé que son bureau avait reçu des corbeilles pleines de lettres de dénonciation au point de pas réussir à les traiter toutes. Mais depuis 1990 l’« Union des Juifs d’Ukraine » à décerné le titre de « Juste de Babi Yar » à 431 personnes qui ont caché et sauvé des Juifs. Lorsque les Allemands quittent la ville en 1943, ils décident de déporter tous les habitants de la ville pour l’Allemagne. Ils rassemblent les gens à l’aide de chiens policiers et massacrent les récalcitrants, les vieux et les malades. Ce sont à nouveau des scènes effrayantes. Kiev donne l’impression ville morte.

5.2.6. Le « Sonderkommando 1005 »

En juillet 1943, Paul Blobel est de retour à Kiev, cette fois avec son « Sonderkommando 1005 » pour effacer les traces des tueries. Il est secondé par le SS-Gruppenführer Max Thomas, chef du SD et de la SiPo d’Ukraine. L’unité qui œuvre à Babi Yar se compose de 10 hommes du SD et de 30 policiers allemands commandés par le SS-Obersturmbannführer Baumann. Ils encadrent 327 détenus du camp de Syrets (dont environ 100 Juifs) qui en 6 semaines effectuent ce macabre travail. Chaque homme est enchaîné avec une chaîne de 2 à 4 mètres de long. Celui qui est fatigué et ne travaille pas assez vite est aussitôt abattu.

Blobel témoigne le 18 juin 1947 :

« Durant mon inspection j’ai pu assister à une crémation dans une fosse commune près de Kiev. La fosse était longue d’environ 55 mètres sur 3 mètres de large et 2,5 mètres de profond. Après que la terre eut été mise de côté, les corps ont été arrosés avec un produit inflammable puis allumés. Cela dura deux jours jusqu’à ce que le tout soit consumé. Puis la fosse fut comblée et toutes les traces effacées. A cause de l’avancée du front, il ne me fut pas possible de détruire toutes les fosses communes au sud et à l’est, résultats des massacres perpétrés par les Einsatzgruppen. »

Les cadavres sont brûlés sur de bûchers érigés sur des rails de chemin de fer. Lorsqu’un bûcher est consumé, le Sonderkommando des détenus est chargé de rassembler tous les restes d’ossements non totalement réduits en cendre et de les réduire au pilon. Enfin les cendres sont fouillées afin de récupérer éventuellement de l’or ou de l’argent. Sur 327 détenus, 15 arrivent à s’échapper, mais tous les autres seront exécutés.

5.2.8. Témoignage : Journal d’Iryna Khoroshunova, 29 septembre et 2 octobre 1941

« Nous ne savons toujours pas ce qu’ils font avec les Juifs. Il arrive d’épouvantables rumeurs du cimetière de Lukianivka. Mais elles sont impossibles à croire. Elles disent que les Juifs sont fusillés… Quelques personnes prétendent que les Juifs sont massacrés à la mitrailleuse. Tous. D’autres, que 16 wagons de chemin de fer sont prêts et que les Juifs vont être envoyés ailleurs. Mais où ? Personne ne le sait. Une seule chose semble claire : tous leurs papiers, affaires et toute leur nourriture ont été confisqués. Ensuite ils sont poussés vers Babi Yar, et là… Je ne sais pas. Je sais seulement une chose : il se passe là bas quelque chose d’épouvantable, quelque chose d’inimaginable, que l’on ne peut pas comprendre… »

Journal d’Iryna Khoroshunova, 29/09/1941

« Chacun dit maintenant que les Juifs sont assassinés. Non ; ils ont déjà été tués. Tous. Sans exception. Vieilles personnes, femmes, enfants. Ceux qui le lundi (29 septembre) sont rentrés à la maison ont aussi été tués. Les gens en parlent d’une telle façon qu’aucun doute n’est permis. Pas un seul train n’a quitté la gare de Bahnhof Lukianivka. Des gens ont vu des camions avec des foulards et d’autres objets partant de la gare. « Minutie » allemande ! Ils ont déjà trié leurs rapines ! Une jeune fille russe a accompagné son amie au cimetière et s’est glissée de l’autre côté de la clôture : elle a vu comment des gens nus ont été poussés vers Babi Yar et a entendu les rafales d’une mitrailleuse. Il y a de plus en plus de rumeurs et de nouvelles. Trop monstrueuses pour y croire. Mais nous sommes obligés d’y donner foi, car le massacre des Juifs est une réalité. Une réalité qui nous rend fous. Il est impossible de vivre en sachant cela. Autour de nous, les femmes pleurent. Et nous ? Nous pleurions aussi le 29 septembre, lorsque nous pensions qu’ils seraient emmenées dans un camp de concentration. Mais maintenant ? Pouvons-nous pleurer réellement ? Je suis en train d’écrire. Mais mes cheveux se dressent sur ma tête. »

Journal d’Iryna Khoroshunova , 02/10/1941

5.3. La forêt de Krepiec

5.3.1. Les premières exécutions

La forêt de Krepiec est située 11 kilomètres de Lublin, près de la route principale reliant Lublin à Zamosc et à Chelm. Pendant l’occupation nazie, la forêt est l’un des plus grands emplacements de massacres collectifs dans la zone de Lublin. Le 3 mai 1940 a lieu la première exécution : un groupe d'otages polonais et juifs est éliminé à Krepiec pour venger l'assassinat d'un fonctionnaire SS de Lublin, le Hauptsturmführer Loska. Un autre groupe de prisonniers polonais et juifs, sorti de la prison de la Gestapo « le château » de Lublin, est probablement exécuté à Krepiec en 1941. Après la guerre, les témoins du village de Krepiec relatent aussi que des prêtres et des religieuses se trouvaient parmi les victimes des premières exécutions dans la forêt de Krepiec. Le nombre exact de victimes de ces premières exécutions n'est pas connu et les sources détaillées sur ces meurtres n’existent plus.

5.3.2. Les exécutions de 1942

On connaît par contre mieux le détail des exécutions et des crémations de 1942 concernant des prisonniers de KL Majdanek qui avaient été gazés ou tués d’une autre manière. La première, et sans doute la plus grande exécution de masse en 1942 a été organisée par les SS et le SD de Lublin les 21 au 22 avril 1942, après les déportations du ghetto de Lublin vers Belzec. Les Juifs ayant survécu aux déportations doivent abandonner le grand ghetto de Podzamcze pour le petit ghetto de la banlieue de Majdan Tatarski, près de Majdanek. Entre 7 000 et 8 000 Juifs de Lublin sont confinés dans le ghetto fermé de Majdan Tatarski. Parmi eux, un grand nombre de personnes « illégales », ne possédant aucun « J-Ausweis » leur permettant de demeurer à Majdan Tatarski. Le Judenrat établit une liste de tous les juifs « reclassés » dans le nouveau ghetto, présumant que tous les Juifs obtiendraient la permission de rester à Lublin, car les déportations avaient stoppé.

Le jour après l'enregistrement, le ghetto est cerné par des SS et des « Hiwis » de Trawniki, commandés par Hermann Worthoff, le responsable des déportations du ghetto de Lublin. Une a sélection à lieu sur la liste déjà préparée par le Judenrat : 2 500 à 3 000 Juifs qui ne possèdent pas un « J-Ausweis » sont transférés à Majdanek, emprisonné dans deux casernes et de là emmenés par convois de camions à Krepiec. Les SS affirment aux victimes qu'ils les transfèrent dans un grand domaine agricole au delà de la forêt, domaine dans lequel ils seraient employés. La plupart des Juifs accorde foi à ces dires, jusqu’au moment ou parviennent les premiers bruits de fusillades et les cris des premières victimes… A Majdanek restent 200 à 250 jeunes Juifs qui sont enregistrés et enfermés dans le camp, survivant ainsi au massacre. Au dernier moment un groupe de femmes et d’enfants est libéré par les SS et revient au ghetto : ce sont principalement des femmes et des enfants dont les maris travaillent au Judenrat au service de l’administration allemande, et dont le président du Judenrat, Dr. Marek Alten, a réussi à négocier la vie sauve. Parmi elles, Anna Bach, veuve d'un avocat célèbre de Lublin, Aron Bach, et sa fille Diana, qui réussiront à fuir le ghetto et à survivre.

Les Juifs de Lublin survivants du petit ghetto sont très rapidement au courant du destin de leurs parents et voisins, informés par les paysans polonais témoins des exécutions. Deux ou trois jours après l'exécution, des prisonniers de guerre soviétiques et quelques Juifs slovaques - membres du Sonderkommando de Majdanek – sont emmenés dans la forêt pour enterrer les corps des Juifs assassinés. Les affaires, les vêtements, l'argent et les objets de valeur des victimes sont transférés à Majdanek. Durant ce travail, plusieurs membres du Sonderkommando se révoltent. Quelques prisonniers de guerre soviétiques attaquent les gardes lithuaniens ivres et plusieurs prisonniers s’échappent. Leur destin n'est pas connu.

La vague suivante de massacres dans la forêt de Krepiec a lieu à la fin de l'été et à l'automne de 1942. Une épidémie de typhus éclate à ce moment à Majdanek. Les médecins SS organisent dans le camp une sélection générale des prisonniers qui ne peuvent travailler ou sont malades. Il est difficile de dire combien ont été choisis. Les plus nombreux sont les Juifs slovaques, polonais, tchèques et allemands. Les sélections durent fin août et tout au long du mois de septembre 1942. Comme les chambres à gaz de Majdanek sont encore en chantier, les prisonniers sélectionnés sont chargés sur des camions et conduits dans la forêt de Krepiec où les SS les exécutent. On ne sait pas combien de personnes ont été exécutées, mais il y en, a probablement plusieurs centaines.

5.3.3. La forêt, lieu de crémation

Les exécutions cessent à Krepiec en octobre 1942 après la mise en service des les chambres à gaz de Majdanek. Mais début 1943 la forêt connaît à nouveau de terribles évènements : comme les crématoires de Majdanek s’avèrent beaucoup trop petits, les Allemands décident d'utiliser la forêt comme lieu de crémation des corps des juifs gazés au camp de concentration. Des bûchers grossiers, construits avec des rails de chemin de fer, fonctionnent pratiquement chaque jour de janvier jusqu'à l'été de 1943. Très tôt chaque matin les camions chargés de cadavres viennent livrer leurs macabres chargements dans la forêt. Toute la zone de la forêt de Krepiec est emplie de la puanteur des corps se consumant et de la fumé flottant au-dessus des arbres, visible de très loin...

En même temps que les corps des personnes gazées, les corps des victimes exécutées dans les fosses en 1942 sont également incinérés. Les prisonniers du « Sonderkommando » de Majdanek exhument les corps les jettent dans les bûchers.

Un des témoins de ces crémations, Jozefa Lutynska, raconte :

« Je me rappelle également comment alors que je voyageais à Lublin en 1942 et 1943 j'ai vu peut-être 12 camions transporter les corps humains couverts de feuilles. Il y avait de la neige et du vent qui dispersait les feuilles au loin et nous avons vu les corps nus, les uns sur les autres. Il y avait beaucoup de sang, le sang frais et rouge, preuve que ces personnes étaient vivantes peu avant… Les corps transportés dans la forêt de Krepiec ont été brûlés par les Allemands sur des bûchers construits avec des rails de chemins de fer. Mon oncle Adam Nowak, qui est forestier, habite à Krepiec et travaille dans la forêt dans laquelle les Allemands ont brûlé les corps. Il m'a dit une fois « viens ! Ainsi toi aussi tu verras ce que les Allemands font et comment ils brûlent les corps. » Je suis allée par le passé avec mon oncle et j'ai vu des rails de voies ferrées, distant d’environ 50cm les un des autres, formant quelque chose comme une grille. Sous chaque grille les traces de crémations étaient visibles, avec beaucoup de cendres et des fragments de mains et de jambes qui n'étaient pas été totalement consumées. Je n’ai pas regardé avec trop de précision, car j’ai tellement été horrifiée que je n’ai pas voulu en voir plus… »

La crémation des corps des victimes de Majdanek dure jusqu'à l'automne 1943, date à laquelle un crématoire plus grand est mis en service dans le camp. A Krepiec, les emplacements des exécutions et des incinérations n'ont pas été totalement détruits pas les nazis. Même en 1946 ils étaient encore en évidence dans la forêt. En 1970 un mémorial a été construit dans la forêt de Krepiec. Sur le mémorial, est inscrit le chiffre de 30 000 personnes massacrées ou brûlées… En fait, personne ne sait exactement combien de victimes ont été assassinées ou incinérées à Krepiec....

5.3.4. Témoignages

Il y a des témoins de ces massacres des juifs de Lublin en avril 1942 parmi les Polonais des villages de Krepiec et de Kazimierzowka vivant à proximité de la forêt. Ils viennent témoigner en 1945 auprès de la commission soviéto-polonaise et en 1966-1967 lors d’une nouvelle enquête : Andrzej Wojcik a observé les exécutions durant une journée entière en avril 1942 :

« Le 22 avril 1942 j'étais à la maison et soudain j'ai noté que six ou sept camions, pleins d’enfants entre 2 et 14 ans sont arrivés dans la forêt. Les enfants ont été entraînés au bord des fosses et les Allemands les ont exécutés par balles. On a pu entendre les cris perçants des enfants provenant du lieu du massacre. Cela a duré de 2 heures à 6 heures du matin. Les Allemands étaient en uniformes bleus et casqués. Il m’est difficile de dire à quelle formation ils appartenaient. Il était difficile d’y voir au début à cause de l’obscurité. J'ai observé le massacre d'une distance d’environ de 50m. Je ne sais pas combien d'enfants ont été tués. Ils ont été transportés sur des camions complètement surchargés.

« Vers 8 heures du matin environ, 9 camions chargés de Juifs arrivent dans la forêt. Le secteur a été cerné par des soldats lituaniens. Je le sais parce que des gens me les ont décrits comme des lituaniens. Les juifs ont été obligés de descendre et ont été menés au même endroit où les enfants ont été assassinés. Certains Juifs portent leurs enfants dans leurs bras. J'ai observé le massacre d'une distance environ 150m mais d'une autre direction qu'avant. Les Allemands obligent les Juifs à descendre dans les fosses. Il y avait d’horribles cris perçants. Un groupe de six officiers SS et de Lituaniens tire alors sur les Juifs dans les fosses. Je suis sûr qu'ils sont SS parce que sur leurs casquettes et leurs uniformes il y avait les insignes de la mort… L'exécution a duré de 8 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir, et j'ai observé ces massacres durant tout ce temps. J'ai appris par des personnes qu'un Juive à réussi à s’extraire vivante de la montagne de cadavres mais que plus tard, en tentant de s'échapper, elle a été tuée dans un champ.

« Le jour suivant je suis allé sur le lieu des exécutions et j'ai noté que les fosses avaient été recouvertes pour partie de terre, pour partie de buissons. Des jambes, des mains et des têtes dépassaient... La terre autour des fosses baignait dans le sang. Je suis resté là environ 20 minutes. » 

Au même moment, un autre habitant de village de Krepiec, Adam Czupryn, a vu comment les transports des juifs dans des camions se sont arrêtés à l’orée de la forêt :

« (...) Les transports sont composés de 3 à 5 camions. De chaque camion, peut-être 30, peut-être 50 personnes sont déchargées. Parmi les prisonniers il y a des hommes, des femmes et des enfants de tous âges, ainsi que des bébés. Je n'ai pas parlé avec ces personnes. J'ai seulement entendu des fragments de conversations en Yiddish. Le transport de ces personnes et leur déchargement ont duré plusieurs jours. Comme je l'ai mentionné, ces personnes ont été emmenées dans la forêt, mais elles n’en sont jamais revenues. La forêt résonnait du bruit des mitrailleuses et des explosions de grenades, ainsi que des que des cris perçants des gens. Environ 20 minutes se sont écoulées entre le départ du groupe depuis la route et le moment du début de l'exécution. Ceux qui attendaient à l'entrée de la forêt pouvaient entendre le bruit des armes et les hurlements des victimes. Ces personnes ont été cernées de tous les côtés par les soldats en uniformes noirs. Combien de personnes ont été tuées, je ne le sais pas. On a interdit l'accès à la forêt de Krepiec. Plusieurs personnes qui ont voulu voir le lieu du massacre ont été tuées. »

 

5.4. Le massacre des juifs de Przemysl dans la forêt de Grochowce

Tôt le matin de ce 27 juillet 1942, tous les Juifs du ghetto de Przemysl sont séparés en deux groupes. Le groupe le plus grand, se compose de ceux qui vont être déportés à à Belzec. Il est emmené sur la grande place « Smietnisko » (« la décharge ») ceinte d’une barrière de barbelés et située près de la rue d'Iwaszkiewicza. Les personnes âgées, les malades et des enfants accompagnés de leurs grands parents sont parqués dans un autre endroit près de rue de Mikolaja. Le groupe principal part pour la gare en soirée. Les personnes âgées sont transportées par camions, tout au long de la journée, à l'emplacement de leur exécution dans la forêt près du village de Grochowce. Ce processus se répète du 31 juillet au 3 août. Le nombre exact des victimes n'est pas connu. Quelques sources parlent de 4 000, mais la plupart de 2 500… Les témoins parlent de 3 fosses communes (deux grandes et une petite). Une de ces fosses a été découverte en 1958 : on a exhumé les restes de 532 victimes que l’on a enterrées dans le cimetière juif. Les travaux d'exhumation ont été interrompus. Le lieu d’exécution dans la forêt est tombé dans l’oubli jusqu'en 2002, lorsqu’un groupe de chercheurs a retrouvé l’endroit.

Le massacre de Grochowce et les événements dans le ghetto qui l'a précédé ont fait l’objet de nombreux témoignages de survivants :

Lettre de Klara Pfeffer à Wiktor Reisner, 1946 :

«  Nous nous sommes préoccupés des personnes âgées, à savoir votre mère, mes parents et tante. C'était une nuit terrible. Les malheureux étaient perdus, mais pourtant courageux. Ils étaient conscients qu’ils allaient devoir travailler durement, qu'ils allaient souffrir, mais qu’après tout ils allaient revenir… je me rappelle même que votre maman (Joanna Thürhaus-Reisner) disait, sarcastique, qu’ils se rendaient « auf eine Landpartie », « à une partie de campagne »… elle a sans doute compris que cette tragédie finirait dans la campagne... »

Témoignage de Bernard Ekert :

« ... Ce 28 juillet (en fait le 27 juillet) 1942, le jour de la première opération dans le ghetto de Przemysl, j'ai vu de ma fenêtre donnant sur la rue de Boguslawskiego comment les milliers d'infortunés se sont rendus en rangs sur la place connue sous le nom de « décharge » qui leur avait été indiquée comme lieu de rassemblement pour être transportés, comme cela s’est avéré plus tard, à Belzec. Les juifs plus âgés ont été poussés par la Gestapo avec des fouets dans des camions et amenés à Grochowce où ils ont été tués... »

Témoignage de Krystyna Krolik :

« ... Le 30 juin (en fait le 27 juillet) 1942, la place a été remplie de monde. Chaque personne avait cinq kilos de bagages. Les camions sont arrivés, et on y a chargé ces bagages. Les gens se sont assis, car on ne leur a pas permis de se tenir debout, de circuler ou de parler… On leur a ordonné de remettre leurs objets de valeur et dollars. Des gens ont déchiré leurs billets de banque et ont enterré leurs objets de valeur là où ils se trouvaient. Chaque fois qu’un groupe était parti de se place, ordre était donné de fouiller l’endroit et, naturellement, les objets de valeur ont été retrouvés. Les gens agissaient ainsi malgré le fait que d’enterrer les objets ou de se déplacer était puni d’une balle dans la nuque... »

LES VICTIMES

Le chiffre exact des victimes est extrêmement difficile à déterminer. Il y eut approximativement 1 500 000 de personnes assassinées par les Einsatzgruppen, en très grande majorité des Juifs. Alors qu'il évaluait ce nombre élevé de victimes, le Juge Michael Musmanno, qui présidait au procès des Einsatzgruppen écrivit :

 

« Un million de cadavres humains est un concept trop étrange et fantastique pour être appréhendé par un cerveau normal. Comme suggéré précédemment, le choc produit par la mention d'un million de morts n'est aucunement proportionné à son énormité, car pour le cerveau moyen, un million est davantage un symbole qu'une mesure quantitative. Toutefois, si l'on lit en entier les rapports des Einsatzgruppen et si l'on observe les nombres augmenter, s'élever à dix mille, puis à des dizaines de mille, cent mille et au-delà, alors on peut enfin croire que ceci s'est réellement passé : le massacre de sang-froid, prémédité, d'un million d'êtres humains. »

A la fin de l’année 1941 les rapports des Einsatzgruppen donnent les chiffres suivants :

  • Einsatzgruppe A : 249 420 Juifs éliminés ;
  • Einsatzgruppe B : 45 467 Juifs éliminés ;
  • Einsatzgruppe C : 95 000 Juifs éliminés ;
  • Einsatzgruppe D : 92 000 Juifs éliminés.

Le nombre total des Juifs tués par toutes les unités s’élève donc fin 1941 à environ 500 000 Juifs. C’est l’Einsatzgruppe A qui a accompli le premier son objectif de destruction systématique des Juifs dans sa zone. Cette phase, définie comme la première vague de mise à mort, est remplacée à partir de l’automne 1941 par une seconde vague beaucoup plus meurtrière, car exterminationniste, à laquelle la Wehrmacht a été associée de beaucoup plus près. Les Einsatzgruppens sont alors subordonnés aux « Höheren SS- und Polizeiführern », les HSSPF et les chefs des Einsatzgruppen sont nommés « Befehlshaber der Sicherheitspolizei » (BdS) avec des pouvoirs accrus.

Cette deuxième phase a en effet pour objectif la destruction complète de la population juive avec la mise à mort des juifs encore restés en vie dans toutes les zones occupées. Elle met en œuvre des forces renforcées et beaucoup plus efficaces que la première vague, et fait de plus en plus appel aux troupes d’auxiliaires « Volksdeutsche » locaux, les « Schutzmannschaften » (Schuma), qui fin 1942 atteignent le chiffre de 47 974 hommes ; il faut y ajouter les « Bandenkampfverbände », troupes en principe chargées de combattre les partisans et comprenant 14 953 Allemands et 238 105 « Ost-Hilfswillige » (Hiwis), « auxiliaires volontaires des pays de l’est »…

Le nombre de victimes de cette deuxième phase se chiffre à au moins 400 000 victimes juives. Soit, avec la première phase, 900 000 victimes Juives. Si on y ajoute les autres victimes Juives des unités antipatisannes, de la Wehrmacht et de l’armée roumaine, le chiffre des victimes Juives massacrées en Union Soviétique (pays baltes compris) avoisine les 1 350 000 personnes.

9.1. Les procès

Le procès des Einsatzgruppen se tient du 03 juillet 1947 au 10 avril 1948 à Nuremberg. C’est le 9ème procès de Nuremberg, placé sous la présidence du juge Michael A. Musmanno. Il y a 24 accusés présents, dont Otto Ohlendorf. Tous sont jugés coupables, 14 sont condamnés à la mort, 7 à des périodes d’emprisonnement allant de 10 ans à la perpétuité, 1 à la prison au temps déjà passé, 2 ne sont pas jugés ou ne voient pas leur peine prononcée. 4 des condamnés à mort ont été exécutés ; 16 ont vu leur peine réduite, 1 a été libéré, 1 est mort de mort naturelle, 1 s’est suicidé durant son procès et 1 a vu son exécution remise à cause de son état mental.

Le second procès important est celui de membres du Sonderkommando 4a (rattaché à l'Einsatzgruppe C) pour les 33.771 assassinats perpétrés à Babi-Yar les 29-30 septembre 1941. Ce procès se tient à Darmstadt conformément au droit allemand en 1967-68.

Autres procès : Après l'établissement de la « Landesjustizverwaltungen de Zentrale Stelle » (Office central des administrations juridiques des Länder) à Ludwigsburg, la République Fédérale d'Allemagne a mis en accusation plus de 100 membres des Einsatzgruppen. Aucune sentence de mort n’a été prononcée, vu que la RFA avait entre temps supprimé la peine de mort.

 
 
 

                                                                                                                                                                                                                                                                      

 

 

 

 

 

 

 

scenes du massacre de babi yar

 

29 septembre 1941

Le massacre de Babi Yar

divers liens utiles http://42mazures44.over-blog.com/article-17829936.html

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Photographer: Unknown
Source: USHMM

 

Femmes sur le point d'être assassinées - Liepaja, Lettonie; décembre 1941 (photo SS)

 

 

Les Einsatzgruppen :Unités mobiles d'extermination

 

 

Exécution de Polonais par un Einsatzkommando, octobre 1939

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/1555493

Membres d’un Einsatzkommando (unité mobile d'extermination) peu avant qu’ils exécutent un jeune juif. Les membres assassinés de sa famille sont étendus devant lui ; les hommes à gauche sont d’origine allemande et assistent le peloton. Slarow, ...

 

Ivanogrod, Ukraine 1942

 

 

 

 

A l'automne 1941, Heinrich Himmler chargea le général SS Odilo Globocnik (commandant des SS et de la police dans le district de Lublin) de la mise en application d'un plan d'extermination systématique des Juifs du Gouvernement général. Le nom de code d'Action Reinhardt fut plus tard donné à ce plan en souvenir de Reinhardt Heydrich (assassiné par des partisans tchèques en mai 1942). Trois camps d'extermination furent créés en Pologne dans le cadre de l'Action Reinhardt : Belzec, Sobibor et Treblinka. A leur arrivée dans les camps, les Juifs étaient directement envoyés dans les chambres à gaz. L'assistant de Globocnik, le commandant SS Hermann Höfle, était chargé de l'organisation des déportations vers les camps de l'Action Reinhardt.

Les nazis gazèrent aussi des Juifs dans d'autres camps d'extermination en Pologne : à Auschwitz-Birkenau (qui était le plus grand des camps), à Maïdanek et à Chelmno. A Maïdanek, les Juifs jugés inaptes au travail étaient gazés. A Chelmno les Juifs étaient gazés dans des camions à gaz mobiles, puis dans des chambres à gaz. Dans les camps d'extermination, les nazis assassinèrent, de façon systématique, plus de trois millions de Juifs.

La "solution finale" consista exclusivement à exterminer les Juifs d'Europe par gazage, par fusillades et par d'autres moyens. Six millions de Juifs furent ainsi assassinés, soit les deux tiers des Juifs vivant en Europe en 1939.

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Le 20 janvier 1942, une quinzaine de dignitaires nazis et d'officiers SS se réunissent dans une villa d'un faubourg huppé de la capitale allemande, au bord du lac de Wannsee (Grossen Wannsee, 56-58). Ils mettent au point la déportation des Juifs de l'ouest de l'Europe vers les camps d'extermination situés en Pologne.

 

L'extermination des juifs européens a été entamée de diverses façons depuis plusieurs mois déjà en Europe de l'Est, par la réduction à la famine des juifs cloîtrés dans les ghettos et par les fusillades en masse dans les territoires polonais et soviétiques enlevés à l'Armée rouge.

Comme les Allemands jugent ces méthodes impraticables à grande échelle dans les pays ouest-européens occupés par leurs troupes, ils vont mettre en place de nouvelles méthodes plus discrètes. Au génocide par la faim et au génocide par balles va s'ajouter le génocide par le gaz.

La conférence de Wannsee

La «conférence de Wannsee» est une réunion d'une heure et demie au cours de laquelle Reinhard Heydrich, le chef des services de sécurité allemands - la Sicherheitspolizei (SD) et le Reichsicherheits-Hauptamt (RSHA) -, expose les modalités de la «solution finale de la question juive» (en allemand : Endlösung der Judenfrage).

Cette expression énigmatique recouvre rien moins que le projet de déporter et d'exterminer tous les Européens israélites ou considérés comme tels par les nazis.

Le souvenir de la réunion s'est conservé car l'un des participants, le sinistre Adolf Eichmann, en a dressé le procès-verbal écrit.

Le procès-verbal de l'innommable

Le procès-verbal de la réunion par Adolf Eichmann répertorie le nombre de Juifs à déporter, pays par pays (aussi bien les 200 Juifs d'Albanie que les 5 millions de Juifs d'URSS !), arrivant à un total de 11 millions.

Il évoque par ailleurs, et c'est le plus grave, le traitement promis à ces communautés, en détaillant les modalités logistiques mais en se gardant toutefois de parler de la mort, selon la traduction qu'en donne l'historien Édouard Husson.

Ainsi peut-on lire : «Au cours de la solution finale, les Juifs de l'Est devront être mobilisés pour le travail avec l'encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre.

Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s'agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d'une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d'être le germe d'une nouvelle souche juive, pour peu qu'on les laisse en liberté (voir l'expérience de l'histoire).

(...) Les Juifs évacués passeront d'abord, convoi par convoi, par des ghettos de transit, et de là seront transportés plus loin à l'Est...» (*).

Hitler et ses hommes de confiance avaient pour règle de ne jamais ordonner quoi que ce soit par écrit, d'où le caractère rarissime de documents comme celui-ci, concernant la dictature hitlérienne (*).

André Larané.

 

Avril 1940 : Visite de Hoess à Auschwitz en vue de l'implantation d'un camp en ce lieu .

 4 mai : Début de la construction du camp.

16 octobre 1940 : création du ghetto de Varsovie

 

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Introduction à la version française

La version originale de cet essai intitulé An Introduction to the Einsatzgruppen. Elle se trouve sur internet, sur le site web de l'Holocaust History Project, à l'adresse suivante : http://www.holocaust-history.org/intro-einsatz/

Le traducteur de ce texte a remplacé les références anglo-saxonnes par les références des versions françaises lorsqu'elles existent et a précisé et complété certains aspects abordés par Yale F. Edeiken. Ce texte est donc bien une traduction-adaptation, dont le contenu relève de la seule responsabilité du traducteur.

On trouvera à la fin de l'essai un complément francophone à la bibliographie fournie par l'auteur.

 

Les Einsatzgruppen

Les Einsatzgruppen étaient constitués de quatre unités paramilitaires créées avant l'invasion de l'Union Soviétique dans le but de « liquider » (assassiner) les Juifs, les Bohémiens, et les agents politiques du Parti communiste. Finalement trois de ces groupes (Einsatzgruppen A, B, et C) furent rattachés aux groupes de l'armée qui participaient à l'invasion. Un quatrième groupe (Einsatzgruppe D) fut envoyé en Ukraine sans être rattaché à un groupe armé. Tous opéraient dans les territoires occupés par le Troisième Reich sur le front Est. Mais la plupart des crimes perpétrés par les Einsatzgruppen eurent lieu en Ukraine et dans les Etats baltes de Lettonie, Estonie et de Lituanie.

Après des négociations avec l'armée allemande menées entre Eduard Wagner, Intendant de l'armée et Heydrich, il fut convenu qu'au front, les Einsatzgruppen seraient sous le contrôle de l'armée mais que dans les zones d'opérations et à l'arrière l'autorité de l'armée ne s'étendrait pas au-delà des questions de tactique.(Harris, p. 176-7, T.M.I. III, 246, 290). Ohlendorf était l'un des participants à cette réunion. En fait les Einsatzgruppen étaient presque toujours opérationnellement indépendants, recevant leurs ordres directement de Heinrich Himmler et, jusqu'à sa mort , de Reinhard Heydrich. Il y eut des plans pour créer des unités semblables dans d'autres territoires contrôlés par les nazis (Ohlendorf, témoignage de Nuremberg), mais ces plans ne furent jamais mis à exécution.

Ce n'était pas la première fois que les Einsatzgruppen étaient utilisés par le Troisième Reich Pendant l'invasion de la Pologne en 1939, de pareilles unités, connues aussi sous le nom de « Einsatzgruppen » accompagnaient les armées d'invasion et accomplissaient des tâches comme l'arrestation ou la « liquidation » de prêtres ou autres membres de l'intelligentsia polonaise. Cependant, ils ne furent pas chargés de perpétrer des massacres de masse comme ceux qui sont commis par les Einsatzgruppen pendant l'invasion de l'Union Soviétique. Les Einsatzgruppen qui participèrent à l'invasion de l'Union Soviétique étaient de nouvelles unités, formées et entraînées immédiatement avant cette invasion et leur organisation n'avait aucun lien avec les Einsatzgruppen qui sévirent pendant l'invasion de la Pologne.


 

Le But des Einsatzgruppen

L'exposé le plus succinct du but poursuivi par les Einsatzgruppen fut donné au procès d'Adolphe Eichmann par le Dr. Michael Musmanno, Juge à la Cour Suprême de Pennsylvanie, qui présida le procès des 23 chefs des Einsatzgruppen. Il affirma : « Le but des Einsatzgruppen était d'assassiner les Juifs et de les déposséder de leurs biens ». Ceci fut confirmé par le Général SS Erich von dem Bach-Zelewsky lors du principal procès de Nuremberg lorsqu'il déclara que : « La tâche principale des Einsatzgruppen [...] était d'éliminer les Juifs, les Tsiganes et les commissaires politiques » (Telford Taylor, Procureur à Nuremberg, Seuil 1995, p. 259).

En plusieurs occasions, les Einsatzgruppen reçurent leurs ordres directement d'Himmler et de Heydrich. Les chefs des Einsatzgruppen furent réunis au moins deux fois en juin 1941, et reçurent alors des instructions concernant leurs tâches. Au cours d'une troisième réunion qui eut lieu probablement le 22 juin 1941, Heydrich donna aux commandants des instructions relatives aux plans de leurs opérations. Otto Ohlendorf, commandant des Einsatzgruppen D et proche associé d'Himmler, confirma que ces ordres avaient été donnés, lors de son témoignage au Procès de Nuremberg :

COL. AMEN : Avez vous eu d'autres conversations avec Himmler concernant cet Ordre ?

OHLENDORF : Oui, à la fin de l'été 1941 Himmler se trouvait à Nikolaïev. Il réunit les chefs et les hommes des Einsatzkommandos, leur répéta l'ordre de liquidation, et fit remarquer que les chefs et les hommes qui avaient pris part à la liquidation n'assumaient aucunement la responsabilité de l'exécution de cet ordre. La responsabilité lui appartenait, à lui seul et au Führer.

CO. AMEN : Et vous l'avez entendu dire cela vous-même ?

OHLENDORF : Oui.

Il est difficile de déterminer exactement le processus d'élaboration des ordres d'élimination des Juifs dans les territoires conquis, transmis aux Einsatzgruppen. Le processus semble avoir commencé en mars 1941, alors qu'on établissait les plans de l'Opération Barbarossa (l'invasion de l'Union Soviétique ordonnée par Hitler le 18 décembre 1940)

La décision d'utiliser des unités des SD (services de sécurité) pour accomplir des actions politiques spéciales fut prise au début de la planification de l'invasion. Le 13 mars 1941, le Gén. Keitel, commandant des OKW, dota le plan Barbarossa d'un supplément qui traitait de tâches spéciales, indépendantes des besoins militaires de l'invasion et qui seraient supervisées par Himmler. Keitel écrivit :

« Dans le théâtre d'opérations de l'Armée, le Reichsführer-SS [Himmler] s'est vu confié des missions spéciales par part du Führer pour la préparation de l'administration politique, missions spéciales qui découlent de la lutte décisive entre deux systèmes politiques opposés. Dans la conduite de ces missions, le Reichsführer-SS agît indépendamment et de sa propre autorité.

[...]

« Au début des opérations, la frontière russe germano-soviétique doit être fermée à la circulation du personnel non-militaire, à l'exception des unités de police qui doivent être déployées sur ordre du Führer. »

(Hitlers Weisungen für die Kreigführung [Directives d'Hitler pour la conduite de la Guerre], éditées par Walther Hubatsch, Deutscher Taschenbuch Verlag, Frankfort sur-le Main, 1962, pp. 102-3, traduction vers l'anglais de Gord McFee. Voir également Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Fayard 1988, p. 243)

Au début, la ligne de conduite fut communiquée oralement aux officiers des Einsatzgruppen. Elle fut ensuite en partie formulée notamment dans le Kommisarbefehl, l'« ordre sur les commissaires » (Harris, 241). Les ordres délivrés le 17 juillet 1941, ordonnaient « la séparation et un autre traitement ... pour tous les Juifs. » (TMWC IV 25869)

[N.d.T. : En fait l'invasion de l'URSS fut précédée par une série d'« ordres criminels », ensemble d'ordres et de décrets diffusés aux soldats au printemps 1941, qui encourageaient et couvraient les crimes contre les civils. L'« ordre sur les commissaires » proprement dit, du 8 juin 1941, exigeait l'exécution immédiate et sans jugement de tous les commissaires politiques de l'armée rouge, assimilés en majorité plus ou moins explicitement à des Juifs. Voir Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Hachette, 1999, p. 108-109.

Ce qu'il faut retenir des diverses directives et de la préparation de Barbarossa, c'est que par ordre de Hitler, sous l'autorité exclusive de Himmler, pouvaient, devaient être commises des exactions, s'appuyant sur des alibis politiques, dont les responsables n'avaient pas à rendre compte à l'armée régulière. Pour ce qui est du but explicite des Einsatzgruppen, on peut encore citer un rapport de janvier 1942 d'un Sturmbannführer, Rudolf Lange: « Le but que l'Einsatzkommando 2 s'était fixé dès le début était une solution radicale de la question juive par l'exécution de tous les Juifs ». (Cité par Christopher Browning, « La décision concernant la décision finale », dans les Actes du Colloque de l'École des Hautes Études en sciences sociales (1982), L'Allemagne nazie et le génocide juif, Le Seuil/Gallimard/EHESS, 1985, p. 197)]


 

La composition des Einsatzgruppen.

Il y avait approximativement 600 à 1000 hommes dans chaque groupe d'intervention, bien que beaucoup fussent du personnel de soutien. Les membres actifs des Einsatzgruppen provenaient de différentes organisations militaires et non-militaires du Troisième Reich. La majorité des membres appartenait aux Waffen-SS, branche militaire des SS. Dans le groupe d'intervention A, par exemple, la répartition des membres actifs était la suivante :

Waffen-SS : 340
Gestapo : 89
SD (service de sécurité)  35
Police de l'ordre 133
Kripo : 41

(Telford Taylor, op. cit., p. 526)

Chacun des groupes d'intervention fut en outre divisé en sous-unités opérationnelles connues sous le nom de Einsatzkommandos (commandos d'intervention) ou en Sonderkommandos (commandos spéciaux).


 

Les victimes des Einsatzgruppen

L'écrasante majorité des hommes, femmes et enfants assassinés par les Einsatzgruppen étaient des Juifs. Les Einsatzgruppen assassinaient aussi des Bohémiens (Tsiganes), ceux qui étaient identifiés comme fonctionnaires du Parti communiste, ceux qui étaient accusés de défier les armées d'occupation du Troisième Reich, et ceux qui étaient accusés d'être des partisans ou des combattants de la guérilla contre les armées d'invasion. Dans tous les cas ces assassinats allaient à l'encontre des lois en usage.

On n'en connaîtra jamais le chiffre exact; cependant, il y eut approximativement 1 500 000 personnes assassinées par les Einsatzgruppen. Les Einsatzgruppen ont soumis des rapports détaillés et précis de leurs actions à leurs supérieurs à la fois par radio et par écrit; la confrontation, au quartier général, permettait de vérifier l'exactitude de ces rapports. Selon ces rapports, environ 1 500 000 personnes furent assassinées. Alors qu'il évaluait ce nombre élevé de victimes, le Juge Michael Musmanno, qui présidait au procès des Einsatzgruppen écrivit :

« Un million de cadavres humains est un concept trop étrange et fantastique pour être appréhendé par un cerveau normal. Comme suggéré précédemment, le choc produit par la mention d'un million de morts n'est aucunement proportionné à son énormité car pour le cerveau moyen, un million est davantage un symbole qu'une mesure quantitative. Toutefois, si l'on lit en entier les rapports des Einsatzgruppen et si l'on observe les nombres augmenter, s'élever à dix mille, puis à des dizaines de mille, cent mille et au-delà, alors on peut enfin croire que ceci s'est réellement passé - le massacre de sang-froid, prémédité, d'un million d'êtres humains. »


 

Les preuves des crimes des Einsatzgruppen.

Les rapports des Einsatzgruppen qui décrivent en détail les meurtres et les pillages qu'ils ont commis sont les meilleures preuves que nous ayons des crimes commis par les Einsatzgruppen. Quand l'armée des Etats-Unis captura le Quartier Général de la Gestapo, elle trouva des centaines de rapports écrits par les Einsatzgruppen où ils établissaient froidement la liste de leurs activités. Il y a deux sortes de rapports dans cette collection de documents. « Les rapports de Situation et d'Activité » (ou « Rapports de Situation ») étaient des compilations mensuelles des activités de tous les Einsatzgruppen. Les rapports de Situation Opérationnelle (ou « Rapports Opérationnels ») étaient des rapports détaillés provenant des différentes unités donnant des détails précis sur le nombre de meurtres commis et les biens volés. Ces rapports étaient numérotés successivement et tous, à l'exception d'un seul des Rapports de Situation Opérationnelle furent retrouvés dans les archives du Troisième Reich. Les originaux de ces rapports sont à présent détenus par le gouvernement allemand dans les archives de Coblence où ils sont à la disposition des chercheurs et des historiens.

Ces rapports nous donnent une description complète de ce que faisaient les Einsatzgruppen et, puisqu'ils étaient approuvés par les plus hautes autorités du Troisième Reich, ils représentent les meilleures preuves des ordres donnés aux Einsatzgruppen. Ces rapports sont choquants à la fois par leur portée et par la parfaite insensibilité manifestée devant ces tueries. L'un des magistrats jugeant en appel l'affaire Stelmokas eut une réaction caractéristique devant le contenu d'un rapport : « Le Colonel Jäger relate les exécutions de milliers de Juifs et de centaines d'autres de façon si impersonnelle et si neutre et avec une telle fierté que son récit vous laisse dans un état de choc, glacé d'horreur. » (100F. 3e 302,305)

En outre, des témoignages directs furent apportés dans deux procès. Le premier fut celui d'Otto Ohlendorf, commandant des Einsatzgruppen D, et de 22 autres membres des SS accusés d'être responsables des crimes commis par les Einsatzgruppen. Le Juge Michael Musmanno de la Cour Suprême de Pennsylvanie présida le procès avec une équité exemplaire. Il accorda aux accusés toute liberté de présenter leur défense. Il estima qu'il était raisonnablement hors de doute que, d'après les témoignages apportés, les accusés étaient coupables de ce dont ils étaient inculpés. Quatorze d'entre eux furent condamnés à mort.


 

Des rapports irréfutables.

L'authenticité des rapports des Einsatzgruppen n'a jamais été sérieusement mise en doute. Les exemplaires originaux des rapports furent retrouvés dans les archives de la Gestapo quand elles furent fouillées par l'armée des Etats-unis. Une collection complète de ces rapports fut présentée au procès de 23 membres des Einsatzgruppen. À ce procès, des témoins qui ont rédigé ces rapports et des témoins qui les ont reçus ont déposé à la barre. Tous ont déclaré que ces rapports étaient authentiques et exacts. À présent les originaux des rapports sont détenus dans les archives allemandes à Coblence où ils sont à la disposition des chercheurs et des historiens. Les Archives Nationales des US, Yad Vashem, et l'Holocaust Memorial Museum aux Etats-unis possèdent des collections complètes des copies des documents originaux.

Pendant le Procès des Einsatzgruppen, par exemple, on interrogea Otto Ohlendorf, commandant de l'Einsatzgruppe D, sur un rapport (document L-180) rédigé par Stahlecker commandant de l'Einsatzgruppe A. Il répondit : « J'ai lu le rapport de Stahlecker concernant l'Einsatzgruppe A, dans lequel Stahlecker affirme que son groupe a tué 135 000 Juifs et Communistes les quatre premiers mois du programme. Je connais Stahlecker personnellement et je suis d'avis que le document est authentique. »

Un des témoins les plus importants aux procès des Einsatzgruppen, Kurt Lindow témoigna le 21 Juillet 1947. Lindow était responsable de la réception des rapports à mesure qu'ils arrivaient et c'est lui qui les distribuait. Voici ce qu'il a déclaré :

« J'ai lu la plupart des rapports et je les ai passés au Docteur Knoblach, Inspecteur de la Police Criminelle, qui les a compilés en premier. La compilation était publiée quotidiennement sous le titre "Rapports de Situation Opérationnels-URSS". Ces rapports étaient tirés au stencil et je les corrigeais. Après ils étaient polycopiés et distribués. Les originaux des rapports qui étaient envoyés à l'Office Principal de Sécurité du Reich [RHSA] étaient signés pour la plupart par le Commandant de l'Einsatzgruppe ou son adjoint.

« En vertu de mes fonctions de chef adjoint et plus tard de chef du sous-département IV A 1, j'estime être un témoin compétent et je peux confirmer que les "Rapports de Situation Opérationnels-URSS" qui furent publiés par le chef de la police de sécurité et le service de sécurité dans le dossier marqué IV A 1 furent compilés à partir des rapports originaux des Einsatzgruppen qui parvenaient à mon sous-département par radio ou par lettre. »

(NMT Vol. p. 99-100)

Dans sa déposition, Lindow confirma aussi que les rapports des témoins étaient authentiques et que les initiales sur les rapports étaient celles de ses supérieurs. Après son témoignage, les prévenus du procès des Einsatzgruppen reconnurent expressément l'authenticité de ces rapports.

Les rapports ont été également contrôlés dans d'autres tribunaux et estimés authentiques. Le rapport Jäger, par exemple, traite des massacres commis par l'Einsatzkommando 3 de l'Einsatzgruppe A en Lituanie. Il fut utilisé récemment dans le procès en dénaturalisation de Jonas Stelmokas, intenté par la Cour Fédérale des Etats Unis pour le District Est de Pennsylvanie en 1995. Stelmokas était accusé d'avoir été officier dans une unité de la milice Lituanienne qui collaborait avec les Einsatzgruppen A. Après avoir examiné la mise en question du rapport par la défense, le tribunal ainsi que la Cour d'appel devant qui l'affaire venait en appel, estimèrent que le rapport était authentique et digne de foi. U.S. v. Stelmokas 1000 F3rd 302 (3e Cir., 1996)


 

D'autres témoignages

Outre les preuves fournies par les rapports, on dispose des témoignages directs de ceux qui ont commis ces crimes et de quelques-uns de ceux qui y ont assisté. Ces hommes témoignèrent lors de deux procès criminels concernant les crimes des Einsatzgruppen. Le premier de ces procès fut celui d'Otto Ohlendorf et de 22 autres accusés qui commandaient les Einsatzgruppen en 1947. Ce procès se déroula devant un Tribunal de cinq juges qui appliqua les lois sur le témoignage et le droit positif en usage aux Etats-Unis. Le second procès important fut celui de membres du Sonderkommando 4 a (rattaché à l'Einsatzgruppe C) pour les 33 771 assassinats perpétrés à Babi-Yar les 29-30 septembre 1941. Ce procès se tint à Darmstadt conformément au droit allemand en 1967-68. Dans les deux cas, les tribunaux ont entendu les prévenus témoigner directement des crimes qu'ils avaient commis et ils ont condamné les accusés.

Prétendre que ces tribunaux étaient des « tribunaux bidons » et ces procès « des procès spectacles » n'est absolument pas recevable. Les deux procès ont été conduits dans un souci de respect scrupuleux du droit des accusés à un procès équitable. La défense put procéder au contre-interrogatoire des témoins, put remettre en cause les documents et présenter des preuves en faveur des accusés, sans aucune restriction.

Le soin qu'ont pris les tribunaux de permettre aux accusés de présenter une défense complète est bien illustré par un incident mémorable, au procès des chefs des Einsatzgruppen. À un moment donné pendant le procès, l'accusation éleva une objection contre l'argument d'un des prévenus qui prétendait avoir été forcé de servir dans un Einsatzgruppe. Le Juge Musmanno, qui présidait, rejeta l'objection en déclarant :

« La défense peut introduire n'importe quelle preuve excepté la description de la vie des pingouins de l'Antarctique et si la défense peut me convaincre que les moeurs des pingouins sont des preuves pertinentes dans cette affaire, alors la vie et les coutumes de ces animaux à la gorge blanche peuvent aussi être admises comme preuve. »

Après le procès devant le tribunal américain, en signe de reconnaissance pour la façon équitable et honnête dont leurs clients avaient été traités, les avocats de la défense offrirent au Juge Musmanno une statue de pingouin. Dans les procès qui suivirent, la défense demanda toujours que la « règle du pingouin » soit appliquée. Le pingouin est resté sur une étagère derrière le bureau du Juge Musmanno jusqu'à sa mort en 1968.

Malgré la grande liberté qu'on leur avait laissée, à aucun des procès les prévenus n'ont affirmé que les massacres n'avaient pas eu lieu et ils n'ont pas contesté non plus l'authenticité des rapports. Leur défense contre les accusations portées contre eux consistait à déclarer qu'ils avaient été forcés de servir dans les Einsatzgruppen ou, comme le fit Otto Ohlendorf, qu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres. Tous furent condamnés.


 

Les crimes des Einsatzgruppen.

Comme l'a déclaré le Juge Musmanno, les Einsatzgruppen ont assassiné plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants et pillé leurs biens. La seule interprétation possible des rapports remis par les Einsatzgruppen à Heydrich c'est que la majorité de ces hommes, femmes et enfants étaient assassinés et dévalisés parce qu'ils étaient juifs. Aucune autre raison ne se dégage des rapports ou des défenses présentées aux différents procès.

Parmi ces rapports, l'un des plus impressionnants est le « Rapport Jäger » qui donne le détail des meurtres commis par les Einsatzkommandos 8 et 3, rattachés à l'Einsatzgruppe A dans la région de Vilna-Kausnas en Lituanie du 4 Juillet 1941 au 25 novembre 1941. Ce long rapport décrit l'assassinat de plus de 130 000 personnes dans ce court laps de temps. Ce rapport contient, sur six pages, les listes des personnes assassinées par les Einsatzkommandos 8 et 3 et conclut : « Aujourd'hui, je peux confirmer que notre objectif de résoudre le problème juif en Lituanie, a été accompli par EK 3. En Lituanie, il n'y a plus de Juifs, à part les travailleurs juifs et leurs familles. »

Presque tout le rapport comprend des listes qui se présentent comme suit :

29.10.41 Kauen-F.IX  2 007 Juifs, 2 290 Juives, 4 273 enfants juifs (nettoyage du ghetto de Juifs superflus)
3.11.41 Lazdjai 485 Juifs, 511 Juives, 539 enfants juifs
15.11.41 Wilkomski 36 Juifs, 48 Juives, 31 enfants juifs.
25.11.41 Kauen-F.IX 1 159 Juifs, 1 600 Juives, 175 enfants juifs (déportés de Berlin, Munich, et de Francfort sur le Main)

(Rapport Jäger, page 5, qui contient 11 listes de ce genre.)

Les rapports donnent aussi des renseignements détaillés sur l'argent et d'autres biens volés aux victimes. L'étendue de ces activités est illustrée par le « Rapport Opérationnel No 73 » daté du 4 septembre 1941 (NO-2844) et par le « Rapport Opérationnel No 133 » daté du 14 novembre 1941 (NO-2825) Ces deux rapports décrivent les activités de l'Einsatzkommando 8, une sous-unité des Einsatzgruppen. Le premier de ces rapports affirme que « À l'occasion d'une purge à Tsherwon, on trouva et l'on confisqua 125 880 roubles sur des Juifs qui avaient été liquidés. Ceci porte la totalité de l'argent confisqué par le Einsatzkommando B à 1 510 399 roubles. » Deux mois plus tard la même sous-unité fut à même de rapporter qu'ils avaient volé un million de roubles de plus : « Pendant la période couverte par ce rapport, le Einsatzkommando B confisqua encore 491 705 roubles ainsi que 15 roubles en or. Ils furent inscrits dans les livres de compte et transmis à l'Administration de l'Einsatzkommando 8. Le montant total de roubles acquis jusqu'à présent par le Einsatzkommando 8 se monte maintenant à 2 511 226 roubles. »

Et ces vols n'étaient pas limités à l'argent de leurs victimes. Les montres, les bijoux et même les vêtements étaient pillés. Un massacre particulièrement cruel fut décrit par le Juge Musmanno dans son jugement :

« L'un des prévenus raconta comment pendant l'hiver 1941, on lui ordonna de se procurer des manteaux de fourrure pour ses hommes, et puisque les Juifs avaient tellement de vêtements d'hiver, cela ne les dérangerait pas beaucoup de céder quelques manteaux de fourrure. Alors qu'il décrivait l'exécution à laquelle il avait assisté, on demanda au prévenu si les victimes s'étaient déshabillées avant l'exécution, il répondit : « Non, on n'a pas pris les vêtements -- c'était une opération de récupération de manteaux de fourrure »

(Jugement, p. 36)


 

Les autres participants

Les Einsatzgruppen n'ont pas agi seuls. Ils furent aidés. Les Einsatzgruppen pouvaient demander de l'aide à la Wehrmacht, mais les groupes de la milice locale étaient beaucoup plus nombreux à participer volontiers aux massacres. À Babi-Yar où 33 771 Juifs furent assassinés les 20-30 septembre 1941, il y avait deux « Kommandos » ukrainiens qui assistaient le Sonderkommando 4a. En Lituanie, le Rapport Opérationnel 19 (11 juillet 1941) relate les faits suivants : « Nous avons retenu approximativement 205 partisans Lituaniens en tant que Sonderkommndo, avons subvenu à leurs besoins et les avons déployés pour participer aux exécutions nécessaires même à l'extérieur de la région. » En Ukraine, les Einsatzgruppen acceptaient volontiers la participation des milices locales à la fois parce qu'ils avaient besoin de l'aide de ces auxiliaires mais aussi parce qu'ils espéraient impliquer les habitants du pays dans les pogroms qu'ils dirigeaient. (Rapport Opérationnel 81, de l'Einsatzkommando 6, 12 septembre 1941)

Il y a beaucoup d'exemples connus de l'aide apportée par les milices locales aux Einsatzgruppen. Pendant la « Gross Aktion » du 28-29 octobre 1941, à Kaunas en Lituanie au cours de laquelle 9 200 Juifs furent massacrés, les milices Lituaniennes travaillèrent avec les Einsatzgruppen (100 F. 3e dans 308). On peut citer aussi les exemples de Zhitomir le 18 septembre 1941 en Ukraine où 3 145 Juifs furent assassinés avec l'aide de la milice ukrainienne (Rapport Opérationnel 106) et celui de Korosten lorsque la milice ukrainienne rafla 238 Juifs voués à la liquidation (Rapport Opérationnel 80). Parfois l'aide était plus active. Le Rapport Opérationnel 88, par exemple, rapporte que le 6 septembre 1941, 1 107 adultes juifs furent fusillés tandis que l'unité de la milice ukrainienne qui les aidait liquidait 561 enfants et jeunes Juifs.

Dans bien des cas, la milice qui assistait les Einsatzgruppen était payée avec l'argent et les objets de valeur volés aux victimes.

 

Paul Blobel (1894-1951), commandant du Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C puis responsable de l’opération 1005, lors du Procès des Einsatzgruppen devant le Tribunal Américain (appelé « Tribunal II ») à Nuremberg, 1948

Paul Blobel (1894-1951), commandant du Sonderkommando 4a de l'Einsatzgruppe C puis responsable de l'opération 1005, lors du Procès des Einsatzgruppen devant le Tribunal Américain (appelé « Tribunal II ») à Nuremberg, 1948

Les victimes des massacres n'étaient pas des partisans.

Les rapports ainsi que les témoignages recueillis aux différents procès nous montrent que toute affirmation visant à faire croire que les Einsatzgruppen avaient affaire à des « partisans » est une présentation frauduleuse de l'histoire.

Erich von dem Bach-Zelewski - le général SS (son rang équivalait à celui de lieutenant-général dans l'armée américaine) chargé de la lutte contre les partisans sur le front Est, témoigna devant le Tribunal Militaire International à Nuremberg. Non seulement il déclara que le but des Einsatzgruppen était « l'anéantissement » des Juifs, des Tsiganes et des agents politiques communistes, mais que les Einsatzgruppen n'étaient pas impliqués dans la lutte contre les partisans. Quand on lui demanda quelles unités étaient impliquées dans la lutte contre les partisans, il répondit : « Des unités de Waffen-SS, de l'Ordungspolizei [police régulière pour le maintien de l'ordre], et, surtout, de la Wehrmacht ».(Telford Taylor, op. cit., p. 275) Les rapports des Einsatzgruppen concordent avec le témoignage de Bach-Zelewski. Dans la plupart des descriptions de massacres, les victimes étaient enregistrées par catégories et les actions contre les partisans étaient explicitement décrites. Dans tous les cas, sur les listes, les « partisans » et les « communistes » faisaient l'objet d'entrées bien distinctes de celles des « Juifs ».

Beaucoup de rapports indiquent l'âge et le sexe des victimes. D'après ces indications, nous voyons que les victimes étaient en majorité des femmes et des enfants. Il est évident qu'on ne peut pas exactement considérer comme des descriptions de « partisans » un rapport mentionnant l'assassinat de « 2 007 Juifs, 2 920 Juives, 4 273 enfants juifs (pour nettoyer le ghetto de Juifs inutiles) » le 29 octobre 1941 ou celui de « 1 159 Juifs, 1 600 Juives, 175 enfants juifs (déportés de Berlin, Munich, et Francfort-sur-le-Main) » [Rapport Jäger, feuille 5].

Alors qu'il encourait la peine de mort, Otto Ohlendorf, Commandant des Einsatzgruppen D, n'utilisa pas l'excuse que les victimes étaient des « partisans ». Au lieu de cela, il donna au Tribunal une justification bien différente de l'assassinat des enfants :

« Je crois que c'est très simple à expliquer, si l'on part du fait que cet ordre visait non seulement à procurer (à l'Allemagne) une sécurité temporaire mais aussi une sécurité permanente. Dans cette optique, les enfants étaient des individus qui grandiraient et constitueraient sûrement, étant les enfants de parents qui avaient été tués, un danger non moindre que celui de leurs parents. »

Quand il fit cette déclaration, Ohlendorf ne parlait pas seulement en tant qu'individu et national-socialiste convaincu; il répétait les affirmations de son supérieur, Heinrich Himmler. Himmler et Ohlendorf étaient étroitement associés et, en fait, voyageaient ensemble quand ils furent arrêtés après l'effondrement du Troisième Reich. Dans son célèbre discours devant un rassemblement d'officiers SS à Posen le 6 octobre 1943, Himmler fit des commentaires remarquablement semblables à ceux d'Ohlendorf :

« La question suivante nous a été posée: « Que fait-on des femmes et des enfants ? » - Je me suis décidé et j'ai là aussi trouvé une solution évidente. Je ne me sentais en effet pas le droit d'exterminer les hommes - dites, si vous voulez, de les tuer ou de les faire tuer - et de laisser grandir les enfants qui se vengeraient sur nos enfants et nos descendants. Il a fallu prendre la grave décision de faire disparaître ce peuple de la terre. »

Justifier les assassinats en en faisant des actions contre des « partisans » posait un autre problème : les mouvements de résistance juive n'existaient même pas dans la plupart des régions très peuplées avant que les Einsatzgruppen ne commencent à assassiner les Juifs. En Lituanie, par exemple, le Rapport Jäger couvre la période du 4 juillet 1941 au 25 novembre 1941, incluant l'opération connue sous le nom de « Gross Aktion » et qui fut conduit avec l'aide de la milice Lituanienne en octobre 1941. Le mouvement de résistance juive ne commença pas avant le 31 décembre 1941, avec un manifeste promulgué par Abner Kovner. Auparavant, la résistance juive fut réprimée sans pitié par le leader juif Jacob Gens qui alla jusqu'à convaincre Yitzhak Witenberg, le principal partisan de la résistance juive, de se livrer à la Gestapo . (Raul Hilberg, Exécuteurs, victimes et témoins, Gallimard, 1994, p. 205) Finalement, la résistance juive en Lituanie fut, en réalité, une réaction aux meurtres des Einsatzgruppen.

La réaction initiale des Juifs de Lituanie ne fut pas unique. Il y eut des réactions semblables dans plusieurs régions de l'Ukraine où vivaient la majorité des Juifs de l'Union Soviétique rattrapés par l'invasion allemande. Dans cette région, par exemple, un inspecteur allemand rapporta au chef du Département d'Armement Industriel :

« La population juive avait une attitude anxieuse - obligeante dès le début. Ils essayaient d'éviter tout ce qui pourrait déplaire à l'administration allemande. Qu'ils détestassent l'administration allemande en leur for intérieur va sans dire et ne peut pas être surprenant. Cependant, il n'existe pas de preuve que la communauté juive dans son ensemble ou même en grande partie soit impliquée dans des actes de sabotage. Il y avait sûrement quelques terroristes ou saboteurs parmi eux exactement comme parmi les Ukrainiens. Mais on ne peut pas dire que les Juifs en tant que tels représentaient un danger pour les forces armées allemandes. Le rendement du travail des Juifs qui, bien sûr, n'étaient stimulés que par la peur, était satisfaisant pour les troupes et l'administration allemandes. »

(Pièce à conviction 3257 PS, procès des Einsatzgruppen)

Enfin, il convient de noter que les forces de « partisans » ou de « guérilla » doivent, conformément à la Convention de La Haye, être traitées comme des prisonniers de guerre. L'Allemagne était signataire de cette Convention et les exécutions sommaires de « partisans » sont de véritables assassinats.


 

Nous savons que ces rapports ne sont pas exagérés.

On demanda à Otto Ohlendorf, commandant des Einsatzgruppen D, pendant le Procès de Nuremberg pourquoi les dossiers de ses Einsatzgruppen mentionnaient moins de victimes que les autres groupes. Il prétendit que quelques-uns des autres commandants exagéraient le nombre d'assassinats qu'ils avaient commis. Ohlendorf ne put cependant expliquer ces exagérations.

Ce qui pose problème dans cette explication d'Ohlendorf et la rend impossible à accepter, c'est le système établi par Heydrich pour s'assurer que les rapports étaient exacts. Les rapports étaient d'abord envoyés par radio et ensuite par dépêche écrite signée par le commandant des Einsatzgruppen ou son adjoint. Dans la mesure où chacune des deux façons de rendre compte de leurs actions servait de contrôle à l'autre, il aurait été tout à fait difficile d'exagérer ou de gonfler les chiffres. Alors qu'il aurait été possible d'exagérer les chiffres dans un seul rapport, il aurait été presque impossible de le faire régulièrement.

Si, en dépit du double système mis en place par Heydrich pour vérifier les rapports en provenance du terrain, ils présentaient quelque exagération, nous devons nous demander pourquoi. La seule raison d'exagérer aurait été le désir des commandants d'impressionner leurs supérieurs par l'efficacité de leur performance. Comme quiconque peut le voir à la lecture des rapports, ils établissent tout à fait explicitement que l'activité fondamentale des Einsatzgruppen était l'extermination de la communauté civile juive. Tout argument selon lequel les rapports étaient exagérés implique nécessairement l'idée que le comportement en question était approuvé et encouragé par les officiers supérieurs - Himmler et Heydrich - et qu'il était conforme aux ordres qui étaient donnés aux Einsatzgruppen ainsi qu'à la politique à l'origine de ces ordres, ce qui de toutes façons, est aussi la stricte vérité.


 

Nous savons qu'il ne s'agissait pas d'un comportement spontané.

Les rapports des Einsatzgruppen indiquent que l'exécution des Juifs était constitutive d'un projet cohérent, qu'il ne s'agissait pas d'incidents occasionnels. Alors que certains des rapports décrivent des actions entreprises contre des « partisans », celles-ci demeurent l'exception. Bien des rapports Opérationnels ne décrivent rien d'autre que l'assassinat de civils dont la majorité écrasante sont des Juifs ou encore la « confiscation » d'argent ou d'objets de valeur.

Aucune mesure ne fut jamais prise par le haut commandement SS pour mettre un terme à ce type d'assassinat même s'ils étaient directement informés des actions entreprises au front et les cataloguaient dans leurs propres fichiers. Au contraire, selon le Général SS Bach-Zelewski, officier chargé de la lutte contre les partisans en Union Soviétique, les plus hautes autorités du Troisième Reich avaient donné des ordres explicites pour que les soldats qui avaient commis des crimes contre la population civile ne fussent pas traduits en justice ou punis par les tribunaux militaires. (Telford Taylor op. cit., p. 275) En fait beaucoup de membres des Einsatzgruppen reçurent, pour avoir assassiné et pillé, les plus hautes distinctions pour bravoure auxquelles pouvaient prétendre les soldats du Troisième Reich. Paul Blobel commandant du Sonderkommando 4a, qui était responsable des massacres de Babi-Yar reçut la Croix de fer, la plus haute décoration allemande pour bravoure. (Dawidowicz, What, p. 73)


 

Les méthodes des Einsatzgruppen.

Les Einsatzgruppen fusillaient des gens. C'est aussi simple que cela. Utilisant des prétextes variés ils rassemblaient leurs victimes, les transportaient vers les lieux de massacres et les fusillaient.

À Babi-Yar, des affiches placardées dans toute la ville par la milice ukrainienne informaient les Juifs de Kiev qu'ils devaient se rassembler à 8h du matin le 29 septembre 1941 au cimetière près d'un quai de gare pour être réinstallés ailleurs. On leur disait d'apporter de la nourriture, des vêtements chauds, des documents, de l'argent, et des objets de valeur. (Dawidowicz, What, 103-4). La scène fut décrite par un officier à son procès en 1967. Il déclara : « C'était comme une migration de masse... les Juifs chantaient des chants religieux en chemin ». Sur le quai, on leur prenait leur nourriture et leurs biens et :

« Alors les Allemands commençaient à pousser les Juifs pour former de nouvelles files, plus étroites. Ils se déplaçaient très lentement. Après une longue marche, ils arrivaient à un passage formé par des soldats allemands avec des massues et des chiens policiers. Les Juifs étaient fouettés sur leur passage. Les chiens se jetaient sur ceux qui tombaient mais la poussée des colonnes qui se pressaient derrière était irrésistible et les faibles et les blessés étaient piétinés.

« Meurtris et ensanglantés, paralysés par le caractère incompréhensible de ce qui leur arrivait, les Juifs débouchaient sur une clairière d'herbe. Ils étaient arrivés à Babi-Yar, devant eux se trouvait le ravin. Le sol était jonché de vêtements. Des miliciens ukrainiens, surveillés par des Allemands, ordonnaient aux Juifs de se déshabiller. Ceux qui hésitaient, qui résistaient, étaient battus, leurs vêtements arrachés. Il y avait partout des personnes nues, ensanglantées. L'air était empli de cris et de rires convulsifs. »

(Davidowicz, What is the use of Jewish History, p. 106-107)

Après ce traitement brutal, les victimes étaient alignées au bord du ravin et abattues par des équipes de mitrailleurs. Quand ils eurent terminé le 30 septembre 1941, 33 700 personnes avaient été tuées.

Otto Ohlendorf témoigna des méthodes utilisées, à la fois à son propre procès et au procès des responsables du Troisième Reich, à Nuremberg. À Nuremberg, il déclara à la cour que les Juifs étaient rassemblés pour des exécutions de masse « sous prétexte qu'ils devaient être réinstallés ailleurs ». Il déclara ensuite au Tribunal : « Après avoir été enregistrés, les Juifs étaient réunis en un endroit d'où ils étaient ensuite transportés jusqu'au lieu de l'exécution, qui était, en général, un fossé anti-tank ou une excavation naturelle. Les exécutions étaient effectuées militairement, par des pelotons d'exécution sous commandement. » Tous les groupes n'ont pas commis leurs assassinats avec la précision militaire de ceux d'Ohlendorf. Comme il l'a déclaré : « Quelques chefs d'unité n'effectuaient pas les liquidations militairement, mais tuaient leurs victimes simplement d'une balle dans la nuque ».

Après décembre 1941, les nazis firent des expériences avec des camions conçus par le Dr. Becker, en utilisant les gaz mortels d'échappement des moteurs. Non seulement cette méthode était lente, mais, selon Otto Ohlendorf, elle n'était pas appréciée par ses hommes parce que « décharger les cadavres constituait une tension psychologique inutile ». Presque toutes les victimes de ces expériences étaient des femmes et des enfants et, pendant tout le règne de terreur des Einsatzgruppen, la fusillade fut le principal moyen d'exécution.


 

Les fusillades étaient des moyens efficaces, mais d'autres méthodes furent essayées.

En août 1941, Himmler rendit visite à l'Einsatzgruppe B et il assista alors à une exécution de masse à Minsk. Un témoin oculaire décrivit ce qui s'était passé pendant la visite d'Himmler à Minsk tandis qu'il regardait le massacre d'un groupe d'une centaine de Juifs :

« Comme la fusillade commençait, Himmler devint de plus en plus agité. À chaque salve, il baissait les yeux... L'autre témoin était le général de corps d'armée von dem Bach-Zelewski... von dem Bach s'adressa à Himmler : « Mon Maréchal, ceux ne sont là qu'une centaine... Regardez les yeux des hommes de ce commando, comme ils ont l'air profondément secoués. Ces hommes sont finis [« fertig »] pour le restant de leurs jours. Quel genre de recrues formons-nous ici ? Ou bien des névropathes ou bien des sauvages. »

(Arad, Belzec, Sobibor, Treblinka, p. 8)

Réagissant à cette expérience - le spectacle de 100 êtres humains massacrés de cette façon - Himmler ordonna de trouver une méthode d'exécution plus « humaine » (Reitlinger SS183). Otto Ohlendorf expliqua dans sa déposition à Nuremberg : « Himmler avait donné un ordre spécial pour que les femmes et les enfants ne soient pas exposés à la tension mentale que constituaient les exécutions, et ainsi les hommes des Kommandos, pour la plupart des hommes mariés, ne seraient pas obligés de tirer sur des femmes et des enfants.

Pour exécuter cet ordre, on utilisa d'abord des camions à gaz conçus par le Dr. Becker. Plus tard furent construits les terribles camps d'extermination, où des millions de gens furent gazés et réduits à mourir de faim.

Les abominables camps d'extermination furent établis peu après la visite d'Himmler à Minsk. Le premier fut celui de Chelmno où l'on commença à gazer des Juifs et des non-Juifs le 8 décembre 1941. Treblinka, Sobibor, et Maïdanek suivirent au printemps 1942. En outre, à Auschwitz, le plus célèbre camp d'extermination, on commença les expériences avec le Zyklon B en Septembre 1941. Bien que des gazages en masse furent effectués à Auschwitz au printemps 1942, le véritable travail d'extermination de masse commença avec l'opération du « Bunker 2 » le 4 juillet 1942 (D-VP 305)


 

Ces crimes ne sauraient être justifiés d'aucune façon.

Il se trouve quelques personnes qui voudraient nier ou justifier les assassinats commis par les Einsatzgruppen. L'explication la plus bienveillante de ce déni fut donnée par le Juge Michael Musmanno - juge expérimenté et ancien combattant endurci - qui présidait au procès des Einsatzgruppen. Choqué et écoeuré par les témoignages qu'il entendait, le Juge Musmanno écrivit :

« On lit et relit ces récits dont nous ne pouvons donner ici que quelques extraits et cependant subsiste l'instinct de ne pas croire, de contester, de douter. Il est psychologiquement moins difficile d'accepter les plus étranges histoires de phénomènes surnaturels, comme, par exemple, de l'eau qui coule vers le sommet d'une colline et des arbres dont les racines atteignent le ciel, que de prendre pour argent comptant ces récits qui vont au-delà des frontières de la cruauté humaine et de la sauvagerie. Seul le fait que les rapports dont nous avons cité des extraits proviennent de la plume d'hommes appartenant aux organisations mises en accusation permet à l'esprit humain d'être sûr que tout ceci s'est réellement passé. Les rapports et les dépositions des prévenus eux-mêmes confirment ce qui autrement serait écarté comme le produit d'une imagination malade. »

(Jugement du Tribunal, p. 50)

Ces crimes ont bien eu lieu. Aucune personne honnête ne peut vous regarder dans les yeux et déclarer le contraire. Pourquoi nierait-on ces crimes, ou justifierait-on ces crimes?

Je vous laisse deviner...


 

Note bibliographique.

Il existe de nombreux ouvrages sur le génocide mais peu qui traitent expressément des crimes des Einsatzgruppen. L'un des meilleurs, The Eichmann Kommandos, de Michael Musmanno est depuis longtemps épuisé et par conséquent très rare. Une autre œuvre analytique rare mais excellente, très documentée, est Messages of murder de Ronald Headland, Fairleigh Dickinson University Press, 1992. Les rapports des Einsatzgruppen sont catalogués et analysés dans The Einsatzgruppen Reports de Yitzak Arad, Schmuel Spector, et Schmuel Krakowski, U.S. Holocaust Memorial Museum Shop Memorial Council, 1990. Une des meilleures références concernant les dépositions effectuées au Procès de Nuremberg est Tyranny on Trial: the Evidence at Nuremberg de Whitney Harris, procureur au procès, Southern Methodist Univ Pr, 1999. Pour mettre les activités des Einsatzgruppen dans leur contexte, on peut recommander deux ouvrages : The Holocaust, Martin Gilbert, Henry Holt, 1987 ; et Exécuteurs, victimes et témoins, Raul Hilberg, Gallimard, 1994. On peut trouver l'histoire de Babi-Yar à la fois en tant que massacre commis par les Einsatzgruppen et comme tentative par l'Union Soviétique « d'oublier » que ce crime était dirigé contre les Juifs dans What is the Use of Jewish History de Lucy Dawidowicz.

Une des meilleures sources de renseignements sur les Einsatzgruppen se trouve sur Internet sous la forme de "The Einsatzgruppen Archives" dont le responsable est Ken Lewis à l'adresse web suivante: http://www.einsatzgruppenarchives.com/. Elle contient plusieurs des rapports, le texte complet de l'arrêt du Juge Musmanno au procès des Einsatzgruppen, et d'autres documents importansts.


 

Complément bibliographique. [par le traducteur]

Raul Hilberg, La Destruction des Juifs, d'Europe, Fayard, 1988.

Le chapitre 7 de cet ouvrage de référence est intégralement consacré aux « opérations mobiles de tuerie », dans le cadre desquelles s'inscrit l'action des Einsatzgruppen. Il s'agit de l'étude la plus complète disponible en français sur le sujet.

Christopher Browning, Des hommes ordinaires : le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, les Belles lettres, 1994.

Cette remarquable étude de cas se concentre sur un bataillon de réserve d'« hommes ordinaires » qui accomplirent en Pologne la même tâche que les Einsatzgruppen à l'arrière du front Russe.

Ernst Klee, Willy Dressen, Volker Riess, Pour eux « C'était le bon temps », La vie ordinaire des bourreaux nazis, Plon, 1990

Cet ouvrage contient des exemples de rapports de situations opérationels, des extraits de journaux de marche des Einsatzgruppen, des témoignages de membres des Einsatzgruppen, ainsi que de rescapés. Il est rare, mais peut se trouver en bibliothèques.


 
Cette introduction aux Einsatzgruppen est dédiée à Channoch Intreligator, déporté de Revel, Lituanie, à Auschwitz.

Dernière mise à jour : 28 novembre 1998.

Traduction : juillet 1999

22 juin 1941 : Entrée des Allemands en U.R.S.S. Déclenchement de l'opération "Barbarossa" : l'attaque allemande contre l'URSS est suivie d'exécutions en masse par les "Einsatzgruppen".

Juillet-septembre 1941  : décision de procéder à la "solution finale de la question juive".

21 juillet 1941 : Himmler décide la construction du camp de Lublin - Maïdanek.

 

15 septembre 1941  : obligation pour tous les Juifs du Grand Reich de porter l'étoile jaune.

 

28-29 septembre 1941 : massacre de Babi Yar près de Kiev : 30 000 Juifs exécutés.

30 septembre 1941  : Début de la construction de Birkenau (Auschwitz II)

 

 20 janvier 42 : Conférence de Wannsee sur " la solution finale de la question juive".

 

22 juillet - 3 octobre 1942 : déportation des Juifs du ghetto de Varsovie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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