LES
SONDERKOMMANDOS A AUSCHWITZ-BIRKENAU
Certains
points communs se retrouvent entre les différents groupes d’hommes ayant
formé les Sonderkommandos qui se succédèrent à Auschwitz-Birkenau.
Tout d’abord dans leur immense majorité, ces hommes étaient Juifs. Les
différentes nationalités étaient évidemment représentées à proportion du
nombre de déportés voués à l’extermination dans chaque pays. Il y avait
également quelques prisonniers de guerre Russes.
Ils furent tous choisis par sélection, soit sur la rampe à leur arrivée,
soit plus souvent lors d’une seconde sélection (après quelques semaines
de quarantaine) destinée à attribuer un commando de travail à chacun. A
partir de là, ils étaient isolés de tous les autres prisonniers en tant
que «Geheimnisträger» (porteurs de secret) et même isolés de la plus
grande partie des SS. En effet, certains SS étaient affectés aux
crématoires, mais ces zones n’étaient pas accessibles aux autres SS. Les
personnes blessées ou malades parmi les membres des SK n’allaient
d’ailleurs pas au HKB : c’était une «équipe si strictement isolée que
ses malades ne pouvaient être admis à l’hôpital» écrit H. Langbein.

Parmi les constantes, on peut également signaler une certaine
homogénéité des groupes : une fois constitués, ils restaient très
majoritairement affectés au même crématoire, sous la conduite du même
Kapo, avec les mêmes responsables SS.
Le travail qui était imparti aux membres des SK consistait à assister
les personnes dans la salle de déshabillage, à enlever leurs affaires de
cette salle lorsque les victimes étaient entrées dans la chambre à gaz,
puis à sortir les corps des chambres à gaz, à les amener jusqu'aux lieux
de crémation (fours ou fosses extérieures), à extraire les dents en or
des cadavres (les dentistes étaient choisis lors des sélections pour
faire partie des SK) et les dépouiller de tous les bijoux, à couper les
cheveux avec lesquels était notamment fabriqué du tissu (des coiffeurs
étaient donc sélectionnés également), puis à brûler les corps dans les
fours ou dans des bûchers à l’air libre (selon les époques et le nombre
de victimes arrivant chaque jour : lorsqu’elles étaient très nombreuses,
les fours des quatre crématoires de Birkenau n’y suffisaient pas…), à
écraser ensuite les cendres obtenues afin qu'elles soient réduites en
poudre (les SS firent fabriquer des tamis spécifiques et un espace pour
le damage fut mis en place) et enfin, lorsque la quantité de cendres
accumulée entre les K IV et V et derrière le K II était importante, les
membres des SK devaient accompagner leur transport en camion pour aller
les jeter dans les rivières voisines (Vistule, Sola, Ner).
Il est important de préciser clairement que les membres des SK ne
menaient jamais les victimes depuis les trains jusqu’aux chambres à gaz.
C’était impérativement l’équipe de SS qui s’en chargeait. Lorsque les
futures victimes n’ignoraient pas le sort qui leur était réservé,
c’était alors un déchaînement de violence dont tous les survivants
témoignent avec épouvante.

De même, les
membres des SK ne procédaient jamais à l'introduction des cristaux de
Zyklon B dans les chambres à gaz, cette action était menée par des SS
sous contrôle d'un médecin SS (Mengele remplit souvent ce rôle) qui
donnait également l'ordre de réouverture des chambres à gaz après le
gazage.
Les membres des Sonderkommandos ne tenaient pas non plus le discours qui
avait lieu le plus souvent : «avant de rejoindre une équipe de travail,
vous allez prendre un bain désinfectant, puis on vous servira une soupe,
… » destiné à ce que le groupe soit rassuré donc aussi calme que
possible, ce qui permettait également la rapidité relative de ces
meurtres de masse. Parfois le groupe suivant de victimes juives
attendait déjà son tour…
Ce douloureux moment dans la salle de déshabillage est important pour
diverses raisons. Les membres des SK y étaient parfois en compagnie des
futures victimes (selon les époques, les procédures décidées par les SS
n'étaient pas tout à fait identiques) victimes et pouvaient donc
communiquer avec elles (Szlama Dragon ou Alter Fayjnzylberg indiquent
par exemple une époque où les membres du SK étaient enfermés lors de
l'arrivée des transports). S'ils devaient être présents, la situation
leur était rendue plus intolérable encore lorsqu'ils reconnaissaient des
parents, des amis, … Les SS avaient annoncé qu’il fallait ranger ses
affaires avec soin et retenir le numéro de leur emplacement afin de les
retrouver à la sortie (des bancs et patères numérotés furent installés).
Ils pouvaient aller jusqu’à détailler («attachez vos chaussures ensemble
par les lacets» par exemple) ce qui n'avait en réalité pour but que de
permettre de faciliter la récupération et le stockage de tous les biens
volés aux victimes Juives qui seraient plus tard envoyés vers le Reich.

Auschwitz-Birkenau : photo clandestine prise par un membre du
Soderkommando : les crématoires ne suffisant plus, on brûle les cadavres
à l'extérieur du K V
Les membres des
Sonderkommandos se trouvaient donc en position d’être obligés de se
prêter à cette macabre mascarade. Il est arrivé bien entendu que
certains annoncent ce qui allait réellement se passer lorsqu’on les
suppliait de le faire. Dans ces cas (qui se sont produits à plusieurs
reprises), le responsable SS réunissait l’équipe devant l’un des fours
et y brûlait vif le membre du SK qui avait parlé (après avoir
éventuellement torturé la personne à laquelle il avait annoncé son sort,
afin qu’elle avoue qui lui avait parlé). En fait, d’après leurs
témoignages, il semble que les membres des SK aient généralement convenu
que d’annoncer la réalité de ce qui était en train de se produire à
leurs semblables n’avait aucun sens puisque plus rien ne pouvait être
fait pour l’éviter. Parler devenait alors infliger une souffrance
supplémentaire qui n’avait pas de sens. Ainsi les membres des
Sonderkommandos avaient-ils eux aussi des raisons de penser qu’il était
préférable que tout aille aussi vite que possible puisque aucun espoir
n’était plus permis.
Le nombre de
personnes ayant fait partie des SK à Auschwitz ne peut être connu avec
certitude. Comme l’écrit Carlo Saletti (éditeur des "Manuscrits sous la
cendre" en Italie) de ceux qui «vécurent au plus près de l’épicentre de
la catastrophe» : «Il n’est pas aisé d’en établir le chiffre exact […]
nous pouvons estimer à 2.000 et peut-être plus le nombre total de
déportés qui en firent partie». Il est en effet vraisemblable qu’il fut
supérieur à 2 000 lorsqu’on étudie les éléments qui nous sont
disponibles (il y a certaines traces du nombre de SK et de leurs membres
à un moment donné, il y a également les témoignages des survivants, et
puis certaines déductions sont possibles lorsque le nombre des arrivants
conduits aux chambres à gaz est connu).
On considère
globalement que 12 équipes se succédèrent. En fait les choses ne sont
pas si simples. Il y eut par exemple des déplacements partiels d’un
crématoire à l’autre, comme des éliminations partielles (liées en
général à la participation à une activité spécifique).
On retrouve
souvent l’affirmation d’une élimination systématique de l’ensemble des
SK tous les quatre mois. Il semble que Miklos Nyiszli (médecin au KII à
partir de juin 44) soit à l’origine de cette information fausse mais
qu’il croyait juste et qui a été beaucoup reprise (parue dans son livre
écrit en 1946). En fait, c’était effectivement le principe : une
suppression de tous les témoins par une liquidation totale régulière à
laquelle succédait un renouvellement du commando par une nouvelle
sélection, mais elle n’a pas été appliquée de façon aussi systématique
(du moins en ce qui concerne Auschwitz, parce que, pour Treblinka par
exemple, le SS Unterscharführer Franz Suchomel raconte : «on
choisissait chaque jour 100 Juifs pour sortir les cadavres et chaque
soir ils étaient tués»).
Certains anciens
membres des SK avaient déjà survécu à plusieurs sélections (c’est le cas
de Filip Müller présenté par Claude Lanzmann dans son film Shoah, comme
«survivant de cinq liquidations au SK», d'Alter Fayjnzylberg, des frères
Shlomo et Abraham Dragon, de Milton Buki, ...).
En fait, il fallait une conjonction de hasards pour passer au travers
des sélections au sein des Sonderkommandos. Les prisonniers avançaient
jour après jour, accompagnés d’un ressenti contradictoire et permanent :
aucun espoir n’était possible, alors même que seul un espoir indéfini,
insensé, permettait d’accepter une telle vie. Traverser une sélection
n’était que reculer la date de celle qui vous concernerait. Pourtant et
malgré tout, mieux valait un «plus tard» qu’un «maintenant». C’est très
clair dans l’étude des différents témoignages (aussi bien la certitude
que l’on sera tué, que l’espoir de retarder ce moment autant que
possible).
De nombreuses
actions ont été entreprises par des membres des Sonderkommandos (en
liaison avec le mouvement clandestin de résistance à l’intérieur du camp
et à l’extérieur avec des résistants Polonais). L’objectif était
d’informer avec précision sur ce qui se passait à Birkenau avec l’espoir
de faire cesser les massacres des populations Juives. On ne citera que
les photographies qu’ils prirent et qui sont désormais connues dans le
monde entier. De nombreuses et diverses autres tentatives furent
entreprises et quantité de renseignements sortirent en effet du camp (on
se souviendra d’ailleurs de la déclaration des grandes puissances fin
1942, informées de l’entreprise d’extermination des Juifs). Ils eurent
par exemple connaissance du projet de déportations massives des Juifs
Hongrois qu’ils crurent pouvoir éviter par une information des
autorités. Il semble que de nombreux membres des SK ne voyaient de sens
à survivre que dans des actions de témoignages, pour le présent comme
pour l’avenir.
Et puis il y eut
la révolte du 7 octobre 1944, acte désespéré dont nous reparlerons, à
laquelle aucun participant n’a survécu. Ensuite s’engagea la destruction
des crématoires devant l’avancée des troupes Russes et le camp fut
évacué le 18 janvier 45 dans la panique générale. C’est grâce à ce
désordre et cette précipitation que les membres survivants des SK –moins
de cent- purent se joindre aux autres prisonniers du camp dans les
colonnes des marches de la mort.
Source :
www.sonderkommando.info
Un survivant du
Sonderkommando d'Auschwitz raconte

Déposition faite le 17
octobre 1963, dans le cadre du procès d'Auschwitz.
Je m'appelle Dow
Paisikovic, né le 1er avril 1924 à Rakowec (Tchécoslovaquie)
actuellement dornicilié à Hedera, lsraël. En mai 1944, je fus amené de
Munkacs (ghetto) au camp de concentration d'Auschwitz et j'y reçus le
numéro de détenu A-3.076, qui me fut tatoué sur l'avant-bras gauche.
L'arrivée à Auschwitz
Notre convoi fut
soumis à une sélection. Environ 60 % d'entre nous furent sélectionnés
pour les chambres à gaz, les autres furent dirigés sur le camp. Ma mère
et mes cinq frères et soeurs furent aussitôt envoyés aux chambres à
gaz. Au moment de la sélection nous ignorions à quoi servait cette
répartition. Mon père et moi furent affectés au camp C de Birkenau avec
les aptes au travail, où nous devions, sans raison, porter des pierres.
Incorporation dans le
Sonderkommando
Le troisième jour
arriva en civil dans notre partie du camp le SS-Hauptscharführer Moll,
accompagné d'autres SS. Nous dûmes tous nous présenter à l'appel et
Moll choisit les plus forts d'entre nous, exactement 250 au total. On
nous amena sur la route qui traversait le camp ; nous devions y prendre
des pelles et d'autres outils. On nous amena à proximité des
crématoires III et IV, où nous fûmes accueillis par des SS armés. Nous
dûmes nous mettre en rang et cent d'entre nous furent détachés et amenés
au crématoire 111. Les autres durent continuer la marche en direction
du bunker V (une maison de paysans où il était également procédé à des
gazages) ; c'est là que le SS-Hauptscharführer Moll, arrivé à
motocyclette, nous reçut dans son uniforme blanc. Il nous accueillit
avec ces mots : « Ici vous aurez à bouffer, mais il vous faudra
travailler. » On nous mena de l'autre côté du bunker V ; la façade de ce
bunker ne nous révélait rien de particulier, mais l'arrière nous fit
voir à quoi il servait.
Découverte du "travail"
Il y était entassé
un amas de cadavres nus : ces cadavres étaient tout gonflés et on nous
commanda de les porter jusque dans une fosse de six mètres de largeur et
de trente mètres de longueur environ, où se trouvaient déjà des cadavres
en train de brûler. Nous fîmes tous nos efforts pour amener ces
cadavres au lieu indiqué. Mais les SS nous trouvaient trop lents. On
nous battit terriblement et un SS nous ordonna : « Un seul homme par
cadavre. » Ne sachant comment exécuter cet ordre, nous fûmes encore
battus et un SS alors nous montra qu'il fallait que nous prenions le
cadavre par le cou avec la partie recourbée de la canne et l'amener
ainsi de l'autre côté. Nous devions nous livrer à ce travail jusqu'à 18
heures. A midi, nous avions une demi-heure d'interruption. On nous
apporta à manger, mais aucun de nous n'avait faim. Puis nous dûmes
reprendre le travail. On nous amena au bloc 13 de la section D du camp
de Birkenau, un bloc isolé. Ce soir-là, on nous tatoua (sur le bras)
nos numéros de détenus.
Suicides
Le lendemain, il
nous fallut de nouveau marcher en colonnes, le groupe de cent au
crématoire III, et nous autres, cent cinquante, au bunker V. Notre
travail était le même. Il en fut ainsi pendant huit jours.
Quelques-uns d'entre nous se sont jetés eux-mêmes dans le feu, parce
qu'ils n'en pouvaient plus. Si j'avais à évaluer leur nombre
aujourd'hui, je l'évaluerais à 8-9. Parmi eux se trouvait un rabbin.
Chaque jour arrivait une sentinelle SS avec 5-6 détenus SS, qui avaient
à faire le même travail aux crématoires I et II, afin de prendre à la
section D du camp la nourriture pour le Sonderkommando.
Le
Sonderkommando du crématoire I
Le huitième soir,
le kapo du Sonderkommando du bloc 13 m'a désigné pour accompagner le
groupe de détenus au crématoire II avec la nourriture; en effet, un
détenu de ce groupe de travail n'était pas là et le nombre des sortants
devait être le même que celui des arrivés. C'est ainsi que j'arrivai
par hasard au Sonderkommando du crématoire I. Il y avait là un kommando
de cent détenus, et au crématoire II il y en avait un de
quatre-vingt-trois. Le kapo en chef des deux kommandos (crématoires I
et II) était un Polonais du nom de Mietek. Au crématoire I, deux Russes
non-juifs faisaient partie du Sonderkommando; il y en avait dix au
Sonderkommando du crématoire II. Tous les autres membres des deux
kommandos étaient juifs, originaires surtout de Pologne, de
Tchécoslovaquie et de Hongrie, ainsi qu'un Juif hollandais. Les
Sonderkommandos dormaient dans les crématoires mêmes, un étage au-dessus
des fours.
Notre kommando, tout comme le kommando II, fut réparti en une équipe de
jour et une équipe de nuit de nombre égal. Le matin, nous nous
présentions à l'appel dans la cour; on nous amenait sur le lieu du
travail tandis que l'équipe de nuit était amenée dans la cour, comptée
et pouvait alors se coucher.
Mon premier travail dans ce kommando fut le suivant : le kapo Kaminski,
Juif de Pologne, m'avait chargé de creuser une fosse d'environ deux
mètres de longueur, d'un mètre de largeur et d'un mètre de profondeur
dans la cour du crématoire I. C'est dans ce trou que furent alors jetés
les os sortant des fours crématoires. Une fois ce travail achevé, je
fus affecté au transport des cadavres.

Chambre
à gaz à Auschwitz-Birkenau
Les
chambres à gaz
Le gazage durait
en principe trois à quatre minutes environ. Après quoi, pendant à peu
près un quart d'heure, le système de ventilation était mis en marche.
Puis, le contremaître ouvrait la porte de la chambre à gaz -toujours
sous la surveillance d'un S - et nous devions traîner les cadavres vers
le monte-charge électrique. On pouvait monter quinze cadavres environ
en une fois avec ce monte-charge. Nous devions porter les cadavres
nous-mêmes, six hommes étaient affectés à ce travail. La plupart du
temps, quelques-uns de ceux qui étaient à même le sol immédiatement
auprès de la porte étaient encore en vie. Le SS les fusillait alors.
La position des cadavres dénotait visiblement qu'en général la lutte
contre la mort avait été terrible. Les corps étaient souvent
déchiquetés; il est arrivé plus d'une fois que des femmes avaient
accouché dans les chambres à gaz. En principe, 3 000 victimes se
trouvaient dans la chambre à gaz. L'entassement était tel que les gazés
ne pouvaient pas choir à terre.
Les
quinze fours du crématoire I
L'évacuation de 3
000 cadavres prenait environ six heures. Comme les quinze fours de ce
crématoire mettaient environ douze heures pour brûler ces cadavres,
ceux-ci étaient entassés dans la pièce devant les fours. Un autre
groupe de notre Sonderkommando s'en chargeait. Lorsque nous avions vidé
le bas de la chambre à gaz (en bas), notre groupe devait nettoyer la
chambre à gaz à l'aide de deux tuyaux pour faire de la place pour le
prochain gazage.
Ensuite, nous
devions aller aux fours crématoires et aider à transporter les cadavres
vers les fours. Auprès des fours mêmes devaient travailler deux groupes
de détenus, l'un de quatre et l'autre de six hommes. L'un devait
s'occuper de sept fours, l'autre de huit.
Ces groupes
devaient enfourner les cadavres et veiller à une combustion convenable
en se servant d'un long crochet. Comme la chaleur auprès des fours
était très grande, ces groupes-là ne se voyaient pas attribuer d'autre
travail ; pendant les interruptions de travail, ils pouvaient se
rafraîchir. En dehors de cela ils n'étaient chargés que de l'évacuation
de la cendre et des os tombés à travers le gril. La cendre était
acheminée à la Vistule par les détenus escortés de SS. Le transport
avait lieu par camions.

Cheveux
des victimes juives à Auschwitz-Birkenau
Récupération des cheveux et des dents en or
Les cadavres
mettaient environ quatre minutes à se consumer. Pendant que les
cadavres étaient dans le feu, d'autres détenus devaient tondre les
cheveux aux cadavres préparés pour l'incinération (seulement pour les
cadavres de femmes) et deux détenus dentistes devaient récupérer les
dents et les bagues en or. Ils le faisaient à l'aide de tenailles.
Dans le mur de la pièce devant les fours étaient aménagée une grande
fenêtre. Deux à trois SS qui étaient dans la chambre de l'autre côté de
la fenêtre pouvaient constamment contrôler de là notre travail.
Lorsque les fours n'étaient pas en mesure de brûler tous les cadavres,
les convois destinés au gazage étaient amenés au bunker V où le gazage
pouvait se faire pratiquement sans interruption parce que les cadavres y
étaient jetés directement dans les fosses.
Le
crématoire II
Quelques jours
après mon arrivée au crématoire I, Mietek devint kapo en chef du
Sonderkommando des crématoires I et II, Kaminski devint kapo du kommando
I et Lemke (dont je ne connais pas le prénom) devint kapo du kommando du
crématoire II. Kaminski et Lemke étaient des Juifs de Bialystok; leur
numéro de détenus était de la série des 83 000. Lemke me prit avec lui
au crématoire II où était également mon père. Je restai dans ce
kommando jusqu'à son évacuation (18 janvier 1945).
Le Sonderkommando entier (dépendant des crématoires I-IV et du bunker V)
comprenait 912 détenus -au total à l'époque où notre groupe lui fut
adjoint à titre complémentaire. Les autres détenus du Sonderkommando,
qui étaient déjà en place quand notre groupe y fut affecté, avaient des
numéros entre 80 000 et 83 000; un groupe composé de Juifs de Cracovie
avait des numéros dans les 123 000. Je ne sais pas de façon sûre si les
autres avaient été sélectionnés pour le Sonderkommando immédiatement
après leur arrivée au KZ (camp de concentration) ou s'ils étaient passés
auparavant par d'autres kommandos.
Les
"spécialistes"
Quelques détenus
restaient au Sonderkommando un temps assez long : par exemple le kapo en
chef Mietek qui avait un numéro dans les 5 000 et qui avait été affecté
au Sonderkommando par la compagnie disciplinaire; et deux orfèvres -
l'un du nom de Feldmann, était originaire de Tchécoslovaquie, l'autre,
je ne me souviens plus de son nom - qui avaient pour tâche de fondre
l'or récupéré. (Cela se passait dans une pièce spéciale du crématoire ,
II où était centralisé tout l'or de tous les crématoires, pour être
fondu en de grands cubes sous la surveillance des SS.) Tous les
vendredis un officier supérieur SS venait chercher l'or. De plus, le
Juif tchèque Filipp Müller était au Sonderkommando depuis aussi
longtemps que Mietek. Il était venu par un convoi de Theresienstadt et
put survivre aux sélections du Sonderkommando parce qu'il était protégé
par un SS originaire des Sudètes. Müller aurait pu devenir kapo au
Sonderkommando. Mais il n'a pas voulu. De plus, un Juif de Paris,
dénommé « Oler », était depuis longtemps au Sonderkommando. Il était
artiste peintre et, pendant tout le temps que je connus le kommando, il
avait l'unique tâche de peindre des tableaux pour les SS, il était
dispensé de tout autre travail pour le Sonderkommando.

Fours
crématoires à Auschwitz-Birkenau
Le sort
du Sonderkommando
Nous savions qu'à
part les exceptions mentionnées les détenus de l'ancien Sonderkommando
étaient gazés. Ces gazages s'effectuaient par groupes, tout comme se
faisaient par groupes les affectations au Sonderkommando. Un groupe du
kommando spécial provenait du camp de Majdanek près de Lublin. Là déjà
les détenus faisaient partie d'un kommando spécial affecté au même
travail.
Comme il incombait à notre kommando de fouiller les vêtements des
détenus suspendus dans les salles de déshabillage, nous avions la
possibilité de nous approprier beaucoup de ravitaillement, d'alcool,
d'or et de devises. La SS tolérait que nous mangions et même buvions de
ces provisions. Ainsi, nous conservions nos forces. Nous n'en
cherchions pas moins tous les jours la soupe (du camp) et les rations du
secteur du camp pour ne pas perdre le contact avec le camp de Birkenau.
J'étais en général avec le groupe qui cherchait le manger à la cuisine
du camp de ce secteur. En général, nous étions escortés sur ce chemin
par un vieil SS dur d'oreille ; lui seul ne nous a jamais battus et
regardait toujours de l'autre côté lorsqu'il se passait quelque chose
qu'il ne devait pas remarquer. C'est ainsi que nous pouvions jeter le
pain ramassé, et dont nous n'avions pas besoin, à des détenus d'autres
secteurs du camp qui l'attendaient déjà. Nous buvions surtout beaucoup
d'alcool. A cette condition-là, nous pouvions effectuer notre travail.
La
résistance
Au Sonderkommando
de chaque crématoire, il y avait un groupe qui tâchait de se préparer à
une résistance. Ces groupes étaient en contact entre eux et avec des
groupes de résistants à Birkenau et même au camp principal d'Auschwitz.
J'appartenais à ce mouvement. Nous passions de l'or et des devises en
fraude à nos camarades dans le camp; ils employaient ces objets de
valeur afin de pouvoir mieux organiser la résistance. Je me souviens de
trois frères de Bialystok qui déployaient une activité toute spéciale
dans ce sens. Même les Russes de notre kommando -il s'agissait
d'officiers supérieurs- étaient très actifs. De tous les détenus de
notre convoi en provenance de Hongrie, seuls mon père et moi étions au
courant de cette organisation de résistance. Quelque temps après, mon
père se vit attribuer la tâche de concierge du crématoire II.
L'arrivée des convois de Hongrie et de Lodz
Notre convoi était
le troisième de la longue série de convois de Juifs en provenance de
Hongrie. (L'Ukraine subcarpathique, d'où je suis originaire, avait été à
l'époque attribuée à la Hongrie.)
Tous les jours, des convois arrivaient de Hongrie à cette époque, et
entre temps des convois d'autres pays et des « musulmans »
au camp. Il ne se passait guère de jour sans qu'il y eût de gazage.
Chaque fois, nous avions à nettoyer le crématoire tout entier. Comme
les SS nous donnaient des ordres pour préparer les fours (en les faisant
chauffer, etc.), nous savions quand un convoi était attendu. Après les
grands convois de Hongrie, l'action suivante fut celle du ghetto de
Lodz. Tous les jours - je crois que c'était en août 1944 - deux de ces
convois arrivaient de Lodz.
Liquidation du Sonderkommando
Une fois achevée
ce qu'on nommait l'action de Hongrie, les Juifs hongrois qui avaient été
affectés à l'époque au Sonderkommando furent liquidés. Mon père et
moi-même n'avions échappé à cette action d'extermination que parce que
nous avions été affectés au Sonderkommando du crématoire II; les autres
détenus de notre convoi étaient au bunker V et aux crématoires 111 et IV.
Ces détenus furent conduits au camp principal d'Auschwitz et y furent
gazés. Les cadavres furent amenés de nuit au crématoire II et brûlés
par les SS eux-mêmes, cependant que tout notre kommando était consigné à
la chambre. Nous avons été au courant parce qu'on nous fit emporter les
vêtements des détenus. Nous reconnaissions les vêtements et les numéros
des détenus. Après l'action d'extermination de Lodz, d'autres détenus
du Sonderkommando furent encore liquidés; la plupart d'entre eux étaient
affectés au bunker V, un petit groupe faisait partie du Sonderkommando
des crématoires III et IV. La procédure de liquidation était
identique. Il s'agissait d'environ deux cents détenus au total.
Pendant tout le temps que je passai au Sonderkommando (de mai 1944
jusqu'à l'évacuation, en janvier 1945) aucun détenu nouveau n'y fut
affecté.
Les crématoires étaient si solidement construits que pendant tout ce
temps je n'eus connaissance d'aucune défaillance de fours ni de
crématoires tout entiers. A plusieurs reprises, le monte-charge des
cadavres tomba en panne parce qu'il était trop plein. Souvent, des
officiers SS de la direction des constructions venaient inspecter les
crématoires.
Dissections
Un médecin détenu,
hongrois, devait procéder à des dissections dans une salle spéciale. Il
opérait sous la surveillance d'un médecin SS dont je ne me rappelle plus
le nom. Dans cette salle, il y avait une table de dissection. On
faisait surtout des dissections d'êtres anormalement constitués (par
exemple des bossus) et de jumeaux. Je me souviens avec précision que le
Dr Schumann était lui aussi présent à ces dissections et en supervisait
certaines. Les détenus désignés pour opérer ces dissections furent
exécutés, non dans les chambres à gaz, mais par des injections. On
récupérait également le sang et divers organes de ces détenus pour en
approvisionner des hôpitaux militaires.
Plan de
révolte
Depuis un certain
temps déjà nous projetions une révolte. Le noyau de cette organisation
se trouvait dans notre crématoire II. Les Russes étaient les meneurs,
de même que les kapos Kaminski et Lemke. Lorsqu'en automne 1944 les
actions d'extermination furent complètement arrêtées, sur ordre de
Berlin, et qu'on nous donna pour tâche d'effacer les traces de l'action
d'extermination, nous comprimes que le moment de notre propre
liquidation approchait. Notre révolte devait la prévenir. Voici quel
était le plan : un jour où il n'y aurait pas de convoi et par conséquent
pas de renfort de SS près des crématoires, notre groupe qui emportait
régulièrement la nourriture de ce secteur du camp pour la porter aux
divers crématoires, viendrait avec des bidons d'essence là où chaque
crématoire se ravitaillait. Seul, au crématoire I, on n'apporterait pas
d'essence, parce que ce n'était pas utile. Au bunker V, il n'y avait à
cette époque plus de Sonderkommando, l'extermination y ayant déjà été
complètement arrêtée. L'essence avait été préparée par l'organisation
de résistance à la section D du camp.
Echec de la révolte
Un dimanche du
début d'octobre je crois que ce devait être le 6 ou le 7 octobre - la
révolte devait être déclenchée. Les détenus désignés pour apporter la
nourriture furent choisis ce jour-là de telle sorte que seuls y allaient
les initiés au plan. Tous venaient du crématoire II. J'étais du
nombre. Nous amenâmes les bidons d'essence camouflés en soupe aux
crématoires IV et III, mais lorsque nous arrivâmes à notre crématoire II,
nous entendîmes déjà des coups de feu partis des crématoires III et IV,
et vîmes un début d'incendie. Le plan avait été de commencer la révolte
par un feu allumé à notre crématoire II. Son déclenchement prématuré le
fit échouer. Les SS donnèrent aussitôt l'alarme et tous les détenus du
crématoire Il durent se rendre à l'appel. Le SS-Oberscharführer
Steinberg, chef du crématoire 11, nous compta ; lorsqu'il se rendit
compte que personne ne manquait, on nous enferma tous dans la salle de
dissection.
Tentatives d'évasion
Le crématoire III
était en feu et les détenus du Sonderkommando des crématoires III et IV
coupèrent les fils et s'évadèrent ; certains furent abattus
sur-le-champ. Au crématoire I, les détenus du Sonderkommando coupèrent
également la clôture électrique avec des ciseaux isolés et s'enfuirent.
Il était prévu que les barbelés du camp des femmes seraient également
coupés afin de leur permettre une fuite en masse. Cependant, en raison
du déclenchement prématuré de la révolte ce ne fut plus possible. Les
SS réussirent à rattraper tous les fugitifs. Le soir même, un groupe
d'officiers SS arriva devant notre crématoire et nous enjoignit de faire
sortir vingt des nôtres pour reprendre le travail. Or, nous étions
persuadés qu'en dépit de toutes les dénégations, on nous répartirait en
groupes pour mieux nous liquider; nous refusâmes donc de sortir de la
salle de dissection. Les SS amenèrent alors du renfort et forcèrent
vingt détenus à travailler. Bientôt de la fumée s'éleva du crématoire
I. Nous en concluâmes que les vingt camarades avaient bien été amenés au
travail. Leur tâche consistait à brûler les cadavres de ceux qui
avaient été tués pendant leur évasion. C'est ainsi que tous les détenus
du kommando spécial des crématoires I, III et IV furent massacrés. De
notre kommando, un seul détenu fut tué ; c'était celui qui avait coupé
les pneus de la bicyclette d'un SS pour l'empêcher de s'en servir: le SS
- surnommé le « Rouge » - a battu ce détenu jusqu'à ce que mort
s'ensuive.
Le SS
Holländer
De ce jour, les
crématoires I, III et IV furent fermés. Les crématoires III et IV
étaient détruits par la révolte et inutilisables, le crématoire I
restait intact. Il n'y eut plus de gazage dans aucun crématoire. On
nous fit brûler les cadavres qui arrivaient du camp ; de petits groupes
de détenus et de civils furent fusillés dans notre crématoire à partir
de ce moment-là. Ces exécutions avaient lieu à l'étage au-dessus.
Elles étaient l'oeuvre d'un certain SS-Unterscharführer Holländer, qui,
en principe, tirait un coup de fusil dans la nuque ; l'arme était munie
d'un dispositif qui étouffait le son. Holländer nous était déjà connu
pour sa cruauté particulière. Il a battu les détenus destinés au
gazage, jeté des enfants contre le mur, etc. A notre égard, détenus du
Sonderkommando, Holländer était toujours aimable. Holländer était de
taille moyenne, maigre ; il avait le visage allongé, des cheveux
châtains et pourrait être originaire d'une région voisine de la
Yougoslavie. Il avait environ trente-deux ans.
L'évacuation d'Auschwitz
Quatre-vingt-deux
détenus du Sonderkommando c'étaient nous, ceux du crématoire II - ont
survécu jusqu'à l'évacuation d'Auschwitz. Lors de cette évacuation, le
18 janvier 1945, la troupe de SS était déjà en pleine désorganisation.
Nous en profitâmes pour marcher vers le camp D. Dans la course, un bon
nombre d'entre nous furent tués d'une balle ; je ne saurais dire
combien, pressé que j'étais d'arriver au camp. Tous les détenus du camp
D furent amenés au camp principal d'Auschwitz, c'est là que les SS
recherchaient, de nuit, ceux qui avaient été affectés aux crématoires et
qu'ils pouvaient reconnaître pour avoir fait partie du Sonderkommando.
Personne évidemment ne s'est présenté à l'appel. Quiconque était
découvert était fusillé sur-le-champ. Mon père et moi, nous nous
cachâmes sous un lit. Je ne peux rien dire de plus, sinon que Filip
Müller et Bernhard Sakal (qui vit actuellement en Israël et est
originaire de Bialystok) ont pu également sauver leur peau.
Le
journal du Sonderkommando enfoui
Il y eut aussi au
Sonderkommando II un certain Léon, le cuisinier, Juif polonais qui avait
vécu à Paris ; il était déchargé du travail général du Sonderkommando,
étant affecté à la cuisine des SS. Il ne devait travailler au service
des cadavres comme nous tous que s'il y avait vraiment beaucoup de
travail. Nous étions très liés et j'ai appris ainsi que Léon avait pris
des notes dès le moment où il fut affecté au Sonderkommando. Il a tenu
une sorte de journal et noté les crimes des SS, ainsi que les noms de
certains criminels SS. De plus, il a ramassé des documents, des
passeports, etc., trouvés près des vêtements des assassinés et qui lui
embraient importants. Aucun d'entre nous n'a lu ces notes, mais je
savais qu'elles existaient. Le mercredi qui précéda la révolte, j'ai
enfoui tous ces documents en un lieu que j'ai soigneusement conservé
dans ma mémoire. Les papiers se trouvaient dans un grand récipient en
verre (contenance environ cinq litres), qui avait été graissé et
hermétiquement fermé. Puis nous plaçâmes ce récipient en verre dans une
caisse en béton que nous avions coulée. Cette caisse en béton fut
enduite de graisse à l'intérieur, puis fermée au béton. Nous y
enfermâmes également des cheveux de cadavres : des dents, etc., mais par
principe aucun objet de valeur, afin que ceux qui trouveraient un jour
cette boîte ne soient tentés de la piller pour s'emparer de tels objets
de valeur. Le rabbin de Makow et Zalmen Rosenthal prirent des notes qui
furent enfouies ailleurs je ne sais où.
Description d'un gazage
Pour finir, je
voudrais encore décrire comment se passait une action de gazage. Nous
avons vu de quelle façon on procédait aux sélections à l'arrivée des
convois à la rampe. Ceux qui étaient sélectionnés pour le travail
étaient conduits aux sections C et D du camp, ceux qui étaient destinés
au gazage étaient conduits au FKL (camp de concentration pour femmes).
Ceux qui étaient capables de marcher étaient amenés au crématoire à pied
; les autres étaient chargés sur des camions. Au crématoire on faisait
basculer le camion et on jetait les malades à terre. Une voiture
d'ambulance avec la Croix-Rouge amenait les boîtes de gaz. Tous étaient
conduits à la salle de déshabillage, les SS leur ordonnaient d'enlever
leurs vêtements. On leur disait qu'ils devaient se laver. Auprès de
chaque crochet il y avait un numéro et on leur recommandait de bien
retenir ce numéro. Tous ceux qui avaient encore des paquets devaient
les déposer devant la salle de déshabillage.
Des voitures
amenaient ensuite ces effets au « Canada ». On commençait toujours par
les femmes et les enfants. Lorsque ceux-ci étaient nus, les SS les
conduisaient à la chambre à gaz. On leur disait qu'ils devaient
attendre que l'eau arrive. Ensuite, les hommes devaient se déshabiller
et se rendre également dans la chambre à gaz. Chacun devait nouer ses
chaussures et les emporter. Avant de pénétrer dans la chambre à gaz, il
devait remettre ses chaussures en passant à deux détenus. La plupart
d'entre eux n'ont pas su ce qui leur arrivait. Parfois, ils savaient
quand même quel sort les attendait. Alors ils priaient souvent. Il
nous était défendu de parler avec les [détenus des] convois. Dès que
les femmes étaient déshabillées et dans la chambre à gaz, un kommando de
chez nous devait enlever les vêtements et les emmener au Canada ; les
hommes se trouvaient de nouveau en présence d'une salle de déshabillage
vide et propre. Ceux qui étaient incapables de se déshabiller eux-mêmes
devaient être aidés par des détenus de notre kommando. Deux détenus
étaient régulièrement accompagnés d'un SS. Seuls, les détenus qui
semblaient aux SS particulièrement dignes de confiance étaient affectés
à ce travail.
A chaque action de
gazage, plusieurs officiers SS étaient, en plus, présents. Le gaz était
jeté, dans notre crématoire, soit par le Hollandais, soit par le « Rouge
», qui se relayaient par équipes. Ils mettaient des masques à gaz à cet
effet. Souvent, le gaz n'arrivait pas en temps voulu. Les victimes
devaient alors attendre assez longtemps dans la chambre à gaz. On
entendait les cris de très loin. Souvent, les SS se livraient aussi à
des excès particulièrement sadiques. C'est ainsi que des enfants furent
fusillés dans les bras de leurs mères juste devant la chambre à gaz, ou
jetés contre le mur. Quand l'un des arrivants disait un seul mot contre
les SS, il était fusillé sur place. La plupart du temps de tels excès
n'avaient lieu que lorsque des officiers supérieurs étaient présents.
Lorsque la chambre à gaz était trop remplie, on jetait souvent des
enfants qui ne pouvaient plus y entrer par-dessus la tête de ceux qui
s'y trouvaient déjà. Du fait de la compression, d'autres victimes
étaient tuées par piétinement. Les SS nous répétaient souvent qu'ils ne
laisseraient pas survivre un seul témoin.
Cette description
correspond en tout point à la vérité et a été faite en mon âme et
conscience.
Source :
Sonderkommando
Sites à compulser
rubrique "Sites Shoah"

Retour à la page
d'accueil